Honeycomb, FRANK BLACK (2005) : le génie des Pixies va au pays de la country
Charles Michael Kittridge Thompson IV, alias Black Francis avec les Pixies, alias Frank Black en solo, est l’un des compositeurs les plus importants de l’histoire du rock alternatif américain. Les Pixies ont inventé la dynamique quiet-loud-quiet qui a défini le grunge : Nirvana, Pearl Jam et Soundgarden ont tous reconnu leur dette envers le groupe de Boston. Kurt Cobain a dit que « Smells Like Teen Spirit » était son tentative d’écrire une chanson des Pixies. C’est une reconnaissance qui en dit long.
Après la dissolution des Pixies en 1993, Frank Black a poursuivi une carrière solo prolifique, explorant le rock psychédélique, le pop, et maintenant la country et le rock américain des racines. « Honeycomb », sorti en 2005 chez Back Porch Records, est son album le plus country, le plus ancré dans la tradition américaine de Nashville et du son de Muscle Shoals.
Muscle Shoals et les musicians du Sud
L’album a été enregistré à Muscle Shoals, Alabama, avec une session de musiciens légendaires. Muscle Shoals est l’endroit où Aretha Franklin, Wilson Pickett, the Rolling Stones et Lynyrd Skynyrd ont enregistré certains de leurs meilleurs disques. Les musiciens des studios Fame et Muscle Shoals Sound ont un son particulier : chaleureux, groovy, avec une façon de jouer la country et le soul qui est propre à l’Alabama.
Frank Black, qui vient du rock alternatif de Boston, arrive dans ce contexte avec ses propres compositions et laisse les musiciens locaux les habiller. Le résultat est une rencontre entre deux cultures musicales qui se rejoignent dans l’amour du rock américain dans son essence.
Sing for Joy : la joie de la folk américaine
« Sing for Joy » est peut-être la chanson la plus immédiatement accesssible de l’album. Une mélodie simple, un arrangement acoustique, la voix de Frank Black moins criée que dans les Pixies, plus posée, plus country. C’est l’homme qui se repose après des années de rock intense, qui trouve une autre façon d’exprimer la même passion musicale.
Los Angeles et la culture rock
Frank Black vit à Los Angeles depuis les années quatre-vingt-dix. Mais sur « Honeycomb », il regarde vers l’Est : vers l’Alabama, vers Nashville, vers les origines rurales de la musique américaine. C’est une façon de reconnecter avec les racines de ce qu’il fait, de rappeler que le rock alternatif de Boston et Los Angeles a des parents qui s’appellent Hank Williams, Johnny Cash et Merle Haggard.
Cette ouverture vers la country est cohérente avec la trajectoire de Frank Black. Il a toujours été un musicien qui s’intéresse à l’histoire de la musique américaine dans toute sa diversité, pas seulement au canon rock alternatif dans lequel il est rangé.
Un album de fans
« Honeycomb » n’est pas un disque grand public. Il s’adresse aux amateurs de country roots, aux fans de Frank Black qui le suivent dans toutes ses explorations, aux connaisseurs du son Muscle Shoals. Pour ces gens-là, c’est une des grandes surprises de l’année 2005 : un artiste reconnu pour une chose qui démontre qu’il peut en faire une autre avec le même talent.
Les Pixies se sont reformés en 2004, quelques mois avant la sortie de « Honeycomb ». Frank Black fait donc les deux en même temps : jouer la country roots en studio et revivre la violence du rock alternatif sur scène avec ses vieux complices. C’est un homme qui a beaucoup de musique en lui.
La reformulation des Pixies
En 2004, les Pixies se sont reformés pour la première fois depuis leur dissolution de 1993. Frank Black, Kim Deal, Joey Santiago et David Lovering ont recommencé à jouer ensemble, déclenchant une hystérie collective dans la communauté rock mondiale. « Honeycomb » sort dans ce contexte particulier : Frank Black est à la fois dans les Pixies et dans sa carrière solo, gérant les deux trajectoires en parallèle. Cette double appartenance dit quelque chose sur sa façon d’être musicien : il ne peut pas s’arrêter de créer. Les Pixies sont son histoire, mais la musique roots américaine est son présent. « Honeycomb » est la preuve que ces deux univers peuvent coexister sans se contredire. Il continue de jouer les riffs sauvages des Pixies le soir et d’enregistrer de la country douce le lendemain. C’est la vie d’un musicien accompli qui a la chance de pouvoir tout faire.
Le statut de Frank Black dans l’indie américain
Frank Black occupe une place particulière dans l’écologie du rock américain. Il n’est pas une star mainstream. Il est une figure de culte, respecté par tous les musiciens qui savent d’où vient l’indie rock, cité par des dizaines de groupes qui lui doivent une partie de leur vision musicale. Cette réputation de musicien’s musician lui donne une liberté absolue dans ses choix artistiques. Personne ne lui reprochera de faire un album de country à Muscle Shoals parce que ceux qui l’écoutent savent qu’il a les références et le talent pour le faire honnêtement. « Honeycomb » est dans ce sens un album de confiance : Frank Black fait confiance à son public pour le suivre dans ce voyage sudiste.
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