2001 Album

Dog in the Sand

par Frank BLACK

4,0
Sortie 2001

Dog in the Sand, FRANK BLACK AND THE CATHOLICS (2001) : l’ex-Pixies se fait conteur

Quand on a hurle « Where Is My Mind » et invente avec les Pixies le mode d’emploi du rock alternatif, comment poursuit-on sa route ? Pour Frank Black, alias Black Francis, la reponse tient dans une demarche aussi radicale qu’inattendue : enregistrer en direct, sans filet, comme au bon vieux temps. Paru en janvier 2001, Dog in the Sand, troisieme album avec son groupe les Catholics, est souvent cite comme l’un de ses sommets en solo. Un disque de maturite, chaleureux, ancre dans la terre americaine.

La methode live-to-tape

La marque de fabrique des Catholics, c’est l’enregistrement live-to-two-track : le groupe joue ensemble, en direct, et l’on grave directement sur deux pistes, sans overdubs, sans montage, sans rattrapage. Capté aux Sound City Studios de Los Angeles, Dog in the Sand porte cette philosophie jusqu’au bout. Le pari est risque : aucune retouche possible, tout doit etre juste du premier coup. Mais le gain est immense : une spontaneite, une respiration, une verite de groupe qui irriguent chaque seconde. On entend des musiciens qui s’ecoutent et jouent vraiment ensemble.

De Black Francis a Frank Black

Apres l’implosion des Pixies en 1993, Charles Thompson troque le pseudonyme de Black Francis pour celui de Frank Black et entame une carriere solo prolifique. Les Catholics deviennent son groupe de scene et de studio, un gang de fideles compagnons. Dog in the Sand arrive a un moment ou cette collaboration trouve son plein epanouissement, loin de la fureur abrasive des Pixies, vers quelque chose de plus pose, de plus melodique, de plus americain au sens large.

Un groupe de premier ordre

Autour de Frank Black gravite une belle equipe : Scott Boutier a la batterie, David McCaffery a la basse, Rich Gilbert a la guitare et a la pedal steel, instrument qui colore le disque de reflets country. Surtout, le clavieriste Eric Drew Feldman rejoint la confrerie, lui qui a joue avec le legendaire Captain Beefheart et avec Pere Ubu. On note aussi le retour de Joey Santiago, l’ancien guitariste des Pixies, venu preter main forte sur certains titres. Une reunion de famille discrete mais savoureuse.

Le virage roots rock

Musicalement, Dog in the Sand opere un glissement vers le roots rock et l’americana. Guitare acoustique, pedal steel, piano electrique Rhodes : la palette s’elargit, les ambiances se font plus chaleureuses, plus melodiques que sur les disques electriques precedents. Frank Black y revele un cote conteur, presque folkie, qui surprend agreablement de la part de l’ex-braillard des Pixies. Les chansons prennent leur temps, installent des climats, racontent des histoires. C’est un disque de route et de paysage.

L’histoire de Californie

Parmi les sommets du disque figure « St. Francis Dam Disaster », qui narre l’effondrement du barrage Saint-Francis en 1928, catastrophe californienne ayant fait des centaines de morts. Frank Black s’y fait chroniqueur de l’histoire locale, fascine par les drames et les legendes de sa Californie. « Blast Off » ouvre le bal sur sept minutes ambitieuses, « Robert Onion » et « I’ve Seen Your Picture » deroulent leur melodie, et le titre-eponyme « Dog in the Sand » confirme le talent intact du bonhomme pour les refrains qui s’accrochent.

Le refus de la nostalgie

Ce qui force le respect chez Frank Black a cette epoque, c’est son refus obstine de surfer sur la nostalgie des Pixies. Alors que le public reclame a cor et a cri une reunion du groupe culte, lui trace sa route en solitaire, multiplie les disques avec les Catholics, explore de nouvelles directions sans jamais regarder en arriere. Dog in the Sand incarne cette independance farouche : aucun clin d’oeil appuye au passe, aucune tentative de reproduire la formule qui a fait sa gloire. Frank Black avance, point. Le retour de Joey Santiago sur quelques titres n’a rien d’un coup marketing, juste deux vieux complices qui se retrouvent autour de la musique. Cette integrite, cette fidelite a soi-meme plutot qu’aux attentes du public, paie sur le plan artistique meme si elle coute commercialement. Les Pixies finiront par se reformer en 2004, mais d’ici la, Frank Black aura prouve qu’il existe par lui-meme, qu’il est un songwriter a part entiere et non le simple vestige d’un groupe mythique. Dog in the Sand est le disque de cette affirmation tranquille. Un homme libre au travail.

Un disque sous-estime

Accueilli plutot favorablement par la critique, Dog in the Sand reste pourtant dans l’ombre de l’oeuvre des Pixies, comme l’ensemble de la carriere solo de Frank Black. C’est injuste. Reecoutez-le aujourd’hui : vous y trouverez un songwriter au sommet de son art, libere de toute pression, qui s’amuse a explorer les racines de la musique americaine avec une bande de complices doues. Pas de fureur, pas de provocation, juste de belles chansons jouees en direct par des gens qui s’aiment. Parfois, la maturite a du bon, et ce chien dans le sable en est la plus douce des preuves.

La note des passionnés

4,0 /5

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Dog in the Sand