Bossanova, PIXIES (1990) : soucoupes volantes et guitares surf
Apres le chaos genial de Surfer Rosa et Doolittle, les Pixies de Boston abordent une nouvelle phase avec Bossanova, paru en 1990 chez 4AD. Un disque souvent sous-estimé dans leur discographie, mais qui recele des trésors et déploie un univers singulier : celui du surf rock, des soucoupes volantes et de la science-fiction de série B. Black Francis y poursuit son exploration des contrées les plus étranges du rock alternatif.
L’obsession de l’espace
Black Francis, leader et chanteur, est alors fasciné par les extraterrestres, les ovnis, l’imagerie de la science-fiction pulp. Bossanova baigne dans cette atmosphere cosmique et inquiétante, peuplée de visiteurs venus d’ailleurs et de paysages désertiques. « The Happening » évoque ainsi les rassemblements ufologiques du désert du Nevada. Cette thématique donne au disque une cohérence et une étrangeté particulières, comme une bande-son pour film de science-fiction halluciné.
Velouria, la perle pop
« Velouria » s’impose comme le sommet du disque. Porté par un riff scintillant et un refrain planant, le morceau atteint une beauté pop rare, tout en conservant l’étrangeté caractéristique du groupe. La voix de Black Francis, capable de passer du murmure au cri dément, fait merveille. Le titre devient l’un des classiques des Pixies, prouvant que le groupe pouvait conjuguer l’expérimentation et l’accessibilité mélodique.
Le retour aux racines surf
Musicalement, Bossanova renoue avec les guitares surf des années 60, ce son réverbéré et twangy popularisé par Dick Dale. Le guitariste Joey Santiago déploie des lignes claires et tranchantes qui évoquent les plages californiennes autant que les espaces interstellaires. L’album s’ouvre d’ailleurs sur une reprise de « Cecilia Ann », instrumental surf des Surftones, qui plante d’emblée le décor sonore.
Le retrait de Kim Deal
Ce disque marque toutefois un changement dans l’équilibre du groupe. Kim Deal, bassiste et chanteuse, dont les contributions avaient illuminé les albums précédents, y est nettement moins présente, occupée par son projet parallele The Breeders. Les tensions internes commencent a poindre, qui finiront par avoir raison du groupe quelques années plus tard. Bossanova est ainsi le son d’un groupe en pleine mutation, encore puissant mais déja traversé de fractures.
Un disque a redécouvrir
Souvent éclipsé par les chefs-d’oeuvre qui le précedent, Bossanova mérite pourtant une réécoute attentive. Son atmosphere unique, son surf rock cosmique, ses mélodies cachées en font un album fascinant, peut-etre le plus rêveur et le plus dépaysant des Pixies. « Dig for Fire » et « Allison » complètent un panorama riche et singulier. Reécoutez « Velouria » un soir étoilé : vous comprendrez pourquoi les Pixies, meme dans leurs disques mineurs, restaient incomparablement plus inventifs que la plupart de leurs contemporains. Le groupe qui a tout influencé, jusque dans ses voyages spatiaux.
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