1990 Album

Pod

par The BREEDERS

4,0
Sortie 1990

Pod, The BREEDERS (1990) : la revanche tranquille de Kim Deal

Dans les Pixies, Kim Deal etait la bassiste souriante reléguée a l’arriere-plan par l’ego dévorant de Black Francis. Frustree de ne presque jamais pouvoir imposer ses propres chansons, elle monte en parallele un groupe a elle, The Breeders, et signe en 1990 chez 4AD un premier album qui restera culte : Pod. Un disque etrange, magnetique, qui prouve que la discrete Kim Deal cachait une songwriter de premier plan.

Une rencontre de talents

Pour ce projet, Kim Deal s’associe a Tanya Donelly, guitariste des Throwing Muses, et a la bassiste anglaise Josephine Wiggs. Trois fortes personnalites du rock alternatif qui conjuguent leurs sensibilites pour creer une musique a la fois fragile et inquietante. Loin de la fureur des Pixies, Pod cultive une atmosphere plus intime, plus feutree, ou les melodies douces cotoient des textures sombres et des silences chargés de tension.

Steve Albini aux manettes

Pour capter ce son particulier, le groupe fait appel a Steve Albini, ingenieur du son redoutable, apôtre d’un enregistrement brut et sans artifice. Albini deteste les productions lisses et privilegie le naturel des instruments, l’espace, la dynamique. Son travail sur Pod donne au disque cette qualite organique et crue, cette impression d’assister a la captation live d’un groupe dans une piece. Chaque instrument respire, chaque silence pese.

Une reprise inattendue

Au detour du disque, les Breeders s’attaquent a « Happiness Is a Warm Gun » des Beatles, et en livrent une version deconstruite, fantomatique, qui ne ressemble en rien a l’original. Ce gout du detournement, de la relecture decalee, dit beaucoup de l’esprit du groupe : prendre la pop et la passer au filtre d’une etrangete personnelle. Le reste de l’album deploie des compositions de Kim Deal d’une beaute discrete, qui prennent le temps de s’installer dans l’oreille.

L’admiration de Kurt Cobain

Anecdote devenue legende : Kurt Cobain citait souvent Pod parmi ses disques preferes, allant jusqu’a affirmer qu’il aurait aime que Nevermind sonne comme lui. Quand on connait l’influence colossale de Nirvana, pareil hommage en dit long sur l’importance secrete de cet album. Les Breeders, sans jamais courir apres le succes, ont irrigue de leur influence tout le rock alternatif des annees 90.

Le triomphe viendra plus tard

Les Breeders connaitront leur heure de gloire trois ans plus tard avec « Cannonball » et l’album Last Splash, mais Pod reste, pour beaucoup d’amateurs, leur disque le plus profond et le plus singulier. Il temoigne d’une liberte creative totale, d’un refus des conventions, d’une sensibilite a fleur de peau. Kim Deal y prouve qu’elle n’avait nul besoin de Black Francis pour exister, qu’elle portait en elle un univers entier. Reécoutez Pod dans la penombre : vous y entendrez l’un des secrets les mieux gardes du rock indé, un disque qui murmure plus qu’il ne crie, et qui n’en frappe que plus fort.

La note des passionnés

4,0 /5

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