G N’ R Lies, GUNS N’ ROSES (1989) : l’accalmie avant la tempete
Apres le tsunami Appetite for Destruction, l’album le plus vendeur jamais signe par un groupe de hard rock americain, Guns N’ Roses se retrouve dans une position vertigineuse. Comment succeder a un monument pareil ? La reponse des cinq voyous de Los Angeles tient dans un objet hybride et malin : G N’ R Lies, paru chez Geffen. Un disque court, mi-electrique mi-acoustique, qui acheve de transformer Axl Rose, Slash, Izzy Stradlin, Duff McKagan et Steven Adler en plus grand groupe de rock de la planete.
Une face live, une face acoustique
La premiere moitie du disque reprend l’EP Live ?!*@ Like a Suicide, capté dans la fureur des clubs, ou le groupe crache son rock crasseux et sans filtre. La seconde moitie, elle, tient du coup de genie commercial et artistique : quatre titres acoustiques qui devoilent une facette inattendue de cette bande de pirates. On decouvre que sous le cuir et la sueur, ces garcons savent ecrire de vraies chansons, fragiles et melodiques.
Patience, le tube qui change la donne
Et puis il y a « Patience ». Sifflee en intro par Axl, portee par les guitares seches de Slash et Izzy, cette ballade devient un classique instantane. Elle prouve au monde entier que Guns N’ Roses n’est pas qu’une machine a decibels mais un groupe capable de tendresse et de nuance. Le morceau s’installe dans les charts, tourne sur MTV en boucle, et seduit un public qui n’aurait jamais ose s’approcher d’Appetite. C’est la chanson qui fait basculer le groupe du statut de phenomene hard rock a celui d’institution mondiale.
One in a Million, la tache indelebile
Mais ce disque traine aussi une polemique tenace. « One in a Million » contient des paroles ouvertement racistes et homophobes qui declenchent un scandale immediat et legitime. Axl Rose se defendra maladroitement en invoquant son experience personnelle a son arrivee a Los Angeles, sans jamais vraiment convaincre. Le morceau reste une cicatrice sur la legende du groupe, le temoignage d’une epoque et d’un personnage capables du meilleur comme du pire. Impossible de parler honnetement de ce disque sans evoquer cette ombre.
Used to Love Her, l’humour noir
Heureusement, l’album sait aussi manier le second degre. « Used to Love Her », petite blague macabre sur un ton bluegrass, joue la provocation sur le mode de la farce. « I used to love her, but I had to kill her » : le genre de vanne potache qui faisait hurler les ligues de vertu et ricaner les fans. Guns N’ Roses jouait avec le feu, c’etait toute la marque de fabrique de la maison.
Un disque charniere
G N’ R Lies est exactement cela : une charniere. Entre la sauvagerie d’Appetite for Destruction et l’ambition demesuree des deux Use Your Illusion qui suivront en 1991, ce mini-album fait office de respiration et de manifeste. Il montre un groupe en pleine conscience de sa puissance, capable de tout, du tube planetaire a la connerie monumentale. C’est cette imprevisibilite, ce melange de genie et d’autodestruction, qui a fait de Guns N’ Roses le dernier grand groupe de rock dangereux du vingtieme siecle. Et « Patience » demeure, par-dela les controverses, l’une des plus belles ballades jamais sifflees.
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