1971 Album

Brian Auger’s Oblivion Express

par Brian AUGER

4,0
Sortie 1971

Brian Auger’s Oblivion Express. Londres, 1971. L’organiste britannique le plus inventif de sa generation tourne la page de son aventure avec Trinity et Julie Driscoll pour lancer un nouveau groupe avec une vision plus electrique, plus rock, plus directement inspiree du jazz-rock qui explose cette annee-la des deux cotes de l’Atlantique. L’Oblivion Express est le vehicule parfait pour transporter l’immense talent de pianiste et d’organiste d’Auger vers des territoires encore inexplores.

Brian Auger est ne a Hammersmith, Londres, en 1939. Il commence le piano classique a six ans, etudie avec serieux, mais la decouverte du jazz transforme tout. Oscar Peterson et Thelonious Monk l’eblouissent. Il comprend que le piano peut etre un instrument de liberation autant que de discipline. Sa rencontre avec le Hammond B3 est decisive : cet instrument, avec ses basses pedaliers et ses deux claviers, lui permet de creer des arrangements complets en temps reel, jouant la ligne de basse avec les pieds pendant que ses mains explorent les harmonies.

La Trinity, avec Julie Driscoll comme chanteuse, avait produit des albums respectes et un single majeur avec « This Wheel’s on Fire » de Bob Dylan. Driscoll chantait avec une passion et une originalite qui correspondaient parfaitement a la vision musicale d’Auger. Mais Driscoll a quitte le groupe pour suivre sa propre voie. Auger a reconstitue autour de lui une nouvelle formation, plus axee sur le jazz-rock instrumental, avec des chanteurs qui s’integrent dans un projet collectif plutot qu’une frontwoman dominante.

Le premier album de l’Oblivion Express etablit immediatement les coordonnees musicales du nouveau groupe. L’orgue d’Auger est le centre de gravite autour duquel tout s’organise. Il joue avec une energie et une technicite qui n’ont rien a envier aux meilleurs organistes americains de jazz-rock. Sa maitrise des registres et des dynamiques lui permet de passer de la delicatesse la plus fine aux explosions les plus puissantes en quelques mesures.

« Dragon Song » est une piece instrumentale exemplaire du style Oblivion Express. Une melodie d’abord jouee simplement par l’orgue, que la guitare reprend et varie, que la section rythmique soutient avec une precision metronomique. Puis le morceau s’ouvre progressivement, les musiciens prenant tour a tour plus d’espace, improvisant dans le cadre harmonique etabli par la composition. C’est du jazz-rock construit avec une rigueur qui manque parfois aux groupes moins experimente.

« Compared to What » est l’autre grande reussite de l’album. Cette chanson d’Eugene McDaniels avait ete popularisee par Les McCann et Eddie Harris en 1969 dans leur version live au festival de Montreux. Auger s’en empare et en fait un objet de jazz-rock d’une nervosité communicative. Les paroles de McDaniels y interrogent les contradictions de la societe americaine avec une acidite poetique que la musique d’Auger amplifie jusqu’a l’incandescence.

Jim Mullen joue de la guitare avec un style qui puise dans le jazz guitar de Wes Montgomery et le rock electrique de Jimi Hendrix. Cette double influence lui permet de jouer aussi bien des accords jazz extendus que des riffs rock musclés, changeant de registre selon les besoins du morceau avec une fluidite naturelle. La section rythmique de Robbie McIntosh a la batterie et Barry Dean a la basse est solide, responsive, parfaitement adaptee aux specifications du jazz-rock.

Island Records, qui distribuait l’album en Grande-Bretagne, voyait dans l’Oblivion Express un groupe capable de toucher le public jazz autant que le public rock. Cette double audience potentielle etait un argument commercial mais aussi artistique : les deux cultures musicales avaient besoin de se rencontrer, et l’Oblivion Express etait l’un des espaces ou cette rencontre pouvait se produire dans des conditions optimales.

Auger continuera a mener l’Oblivion Express pendant plusieurs annees, sortant des albums qui maintiennent et parfois depassent le niveau de ce debut. Mais ce premier disque reste le plus frais, le plus spontane, celui ou le groupe decouvre encore ses propres possibilites et ou cette decouverte est audible a chaque mesure. C’est le son de musiciens en train d’apprendre ce qu’ils peuvent faire ensemble, et ce son-la n’a pas de prix.

Sur X : @brianauger

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