Brian Auger and the Trinity. Londres, 1971. Un an a peine apres le debut de l’Oblivion Express, Brian Auger publie un second album sous la banniere Trinity, cette formation qui avait ete le premier vehicule de sa vision musicale. « A Better Land » montre un artiste en pleine productivite, capable de gerer deux formations simultanement et de maintenir dans les deux un niveau d’exigence artistique remarquable. C’est l’album de la synthese, ou la experience accumulee avec Trinity et les nouvelles energies de l’Oblivion Express se fondent en une vision coherente.
La Trinity avait ete fondee en 1964 par Auger apres ses debuts dans les clubs de jazz londoniens. Le groupe avait connu plusieurs configurations avant de trouver sa formule avec Julie Driscoll comme chanteuse et Dave Ambrose a la basse. Quand Driscoll avait quitte la formation, Auger avait reflechi a la direction a donner au groupe. « A Better Land » represente une tentative de reconcilier les influences contradictoires qui tiraillent son art : le jazz de ses racines, le rock de son epoque, la soul et le gospel qui ont toujours infuse sa facon de jouer le Hammond.
L’orgue Hammond B3 d’Auger est sur cet album plus expressif que jamais. Il a approfondi sa comprehension de l’instrument au cours des annees de tournee intense, appris a utiliser le vibrato, le leslie rotatif, les variations de pression sur les touches pour obtenir des nuances qui semblaient impossibles sur un instrument electronique. Son jeu a acquis une qualite vocale qui fait du Hammond non plus une machine mais une voix.
Les titres de l’album alternent entre compositions originales et reprises de standards qui permettent au groupe d’explorer des directions harmoniques que ses propres compositions n’auraient pas necessairement prises. Cette approche de la reprise comme exploration plutot que comme hommage est caracteristique de la vision musicale d’Auger. Une chanson n’est pas un monument figé. C’est un terrain de jeu pour musiciens curieux.
La production de l’album reflete les preoccupations sonores du debut des annees 1970 : un mix clair et equilibre, les instruments bien separes dans le spectre stereo, la dynamique preservee sans compression excessive. On entend la salle ou le groupe joue, les petits espaces entre les notes, la respiration naturelle de la musique. C’est une epoque ou les ingenieurs du son cherchaient encore a capturer la verite acoustique plutot qu’a la rectifier.
Le public europeen avait toujours ete tres receptif a la musique de Brian Auger. Plus encore que le public britannique, les auditeurs francais, allemands, italiens et scandinaves avaient compris ce que ce musicien faisait avec le jazz et le rock, cette synthese originale qui ne sacrifiait ni l’un ni l’autre. La tournee europeenne qui accompagnait la sortie de l’album etait invariablement couronnee de succes dans des salles de taille moyenne qui permettaient d’entendre toutes les nuances de la musique.
Steve Ferrone, futur membre des Average White Band, a joue de la batterie lors de certaines sessions. Sa precision et sa musicalite ont contribue a donner a l’album sa qualite rythmique particuliere. Le groove du groupe est fluide et naturel, sans rigidite ni ostentation. On ne bat pas la mesure en ecoutant cet album. On se laisse porter.
« A Better Land » est peut-etre le moins connu des albums d’Auger de cette periode, eclipse par la nouveaute et l’energie de l’Oblivion Express. Mais les amateurs qui l’ont redecouvert lui trouvent une qualite de maturite tranquille qui le distingue avantageusement de productions plus spectaculaires. C’est le son d’un artiste qui sait exactement ce qu’il fait, qui le fait avec plaisir et avec une attention soutenue a chaque detail. Ces qualites sont plus rares qu’il n’y parait.
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