Sortie 1974

Too Much Too Soon, The NEW YORK DOLLS (1974) : l’anarchie bienvenue

Le titre dit tout : trop de tout, trop vite. Les New York Dolls ont toujours vécu à cette vitesse – trop bruyants pour le mainstream, trop pop pour l’underground, trop américains pour le glam britannique, trop glam pour le rock américain. Too Much Too Soon, leur deuxième et dernier album avec leur formation originale, sorti en 1974 chez Mercury Records et produit par Shadow Morton, est un document précieux sur un groupe qui n’a jamais eu le temps d’atteindre ce qu’il promettait mais qui a quand même tout changé.

David Johansen et la performance totale

David Johansen est l’un des plus grands frontmen de l’histoire du rock. Sa présence scénique est totale, théâtrale, entre Jagger, Little Richard et un personnage de comédie musicale de Broadway qui aurait mal tourné. Il chante avec une voix de bluesman qui ne correspond absolument pas à son apparence, ce qui crée une tension constante entre la surface et le fond qui est exactement la tension caractéristique des Dolls.

Sur Too Much Too Soon, Johansen est au sommet de son incarnation. Il interprète chaque chanson comme si c’était la dernière, avec une urgence qui n’a rien de simulé. Le groupe venait de traverser la perte de son batteur Billy Murcia en 1972, et cette conscience aiguë de la précarité se sent dans l’énergie de leurs performances.

Johnny Thunders : le guitariste de la disruption

Johnny Thunders est l’archétype du guitariste rock dans ce qu’il a de plus instinctif et de moins calculé. Son jeu n’est pas celui d’un technicien : c’est celui de quelqu’un pour qui la guitare est une extension directe de ce qu’il ressent. Les notes arrivent là où elles doivent arriver, pas nécessairement là où la théorie musicale les placerait. Et c’est précisément cette imprévisibilité qui rend son jeu vivant et excitant.

Sur « Chatterbox » ou « Stranded in the Jungle », ses riffs ont cette qualité de l’évidence découverte : simples en apparence, impossibles à imiter exactement parce qu’ils dépendent d’une personnalité musicale trop particulière pour être reproduite à l’identique. Tous les guitaristes du punk britannique de 1977 – Steve Jones, Mick Jones, Joe Strummer – ont écouté Thunders.

Shadow Morton et la production de chaos ordonné

Shadow Morton, qui avait produit les Shangri-Las au milieu des années soixante, est un choix de production inattendu mais finalement parfait. Il comprend la relation entre chaos apparent et structure sous-jacente, et il sait comment capturer une énergie de groupe sans l’étouffer par une production trop contrôlée. Too Much Too Soon sonne comme un groupe qui joue dans une salle légèrement trop petite pour lui – une tension productive entre l’énergie débordante et les limites du cadre.

Les reprises que contient l’album – « Stranded in the Jungle », « Bad Detective » – sont traitées avec le même respect irrespecteux que les compositions originales. Les Dolls s’approprient tout ce qu’ils touchent et le transforment en quelque chose qui ne ressemble qu’à eux.

L’héritage prophétique

Malcolm McLaren a managé les New York Dolls lors de leur tournée britannique de 1975, quelques mois avant de rentrer à Londres pour créer les Sex Pistols. La connexion directe entre les Dolls et le punk britannique de 1976-77 passe par lui. Morrissey des Smiths a fondé le premier fan club britannique des New York Dolls à Manchester. L’influence des Dolls sur la new wave, le punk et le rock alternatif en général est considérable.

Too Much Too Soon est l’album parfaitement imparfait. Il est trop court, trop inégal, trop précipité – exactement comme son titre le promet. Et pourtant, il brille d’une énergie que les disques plus polis et plus calculés de 1974 ne peuvent pas approcher.

— Discographie —

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La note des passionnés

4,0 /5

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