Sortie 1973

La bombe glam de Manhattan

Juillet 1973. Les New York Dolls publient leur premier album, produit par Todd Rundgren, et déposent à la fois le manifeste du proto-punk américain et l’un des documents les plus excitants et les plus bruyants de la décennie. Cinq garçons de New York, mal habillés (ou surhabillés, selon le point de vue), mal coiffés, qui font le plus de bruit possible avec leurs guitares en jouant avec deux accords de la même façon que les Rolling Stones avaient écartelé Chuck Berry vingt ans plus tôt.

David Johansen chante avec une voix qui ressemble à Mick Jagger aspiré dans un vortex new-yorkais, une voix de crooner dégénéré qui fait semblant d’être sérieux tout en se moquant de lui-même et de tout le reste. Johnny Thunders joue de la guitare avec une facilité insolente et un sens du riff immédiat qui cache derrière l’amateurisme affiché une vraie maîtrise des codes du rock et roll. Sylvain Sylvain apporte une deuxième guitare et des harmonies, Arthur Kane est une tour à la basse, Jerry Nolan a remplacé à la batterie Billy Murcia, mort d’une overdose à Londres en 1972.

Personality Crisis ouvre l’album avec une urgence qui n’avait pas été entendue depuis les débuts des Rolling Stones : un riff simple, une progression de base, une batterie qui martèle, et Johansen qui hurle et ricane en même temps. En moins de trois minutes, le groupe dit tout ce qu’il a à dire sur l’identité, la performance et l’imposture sociale. C’est un manifeste involontaire.

Todd Rundgren et la production de l’impossible

Todd Rundgren est un producteur brillant et un musicien complet qui a accepté de produire les Dolls dans des conditions difficiles. Le groupe était chaotique, peu discipliné, et la salle de contrôle ressemblait souvent à une fête plutôt qu’à un enregistrement professionnel. Rundgren a réussi à capter l’énergie et le bruit du groupe sans l’assagir ni le rendre trop propre.

Le son de l’album est bruyant et légèrement saturé, avec des guitares qui sonnent à la limite de la distorsion et une production qui laisse les aspérités et les imperfections parce qu’elles font partie du caractère du groupe. Ce serait une erreur de produire les Dolls avec la perfection d’un album de Steely Dan. Leur pouvoir vient de la même source que celui des Stones ou des Who : la rugosité, le risque, la sensation que quelque chose peut déraper à tout moment.

Trash est une chanson de trois minutes sur l’amour urbain qui contient tout ce qu’il faut savoir sur les New York Dolls : la mélodie simple et mémorable, le riff énorme, le texte qui mélange le sérieux et le camp, et la voix de Johansen qui ne sait pas si elle pleure ou si elle se moque. Cette ambiguïté est au coeur de leur esthétique.

L’influence qui a changé le monde

Commercialement, l’album est un échec. Il ne se vend pas assez pour satisfaire Mercury Records, et le groupe sera abandonné par son label. Mais son influence sera immense : les Sex Pistols, les Clash, les Ramones, les Heartbreakers, tous ces groupes qui vont définir le punk rock en 1976 et 1977 ont les New York Dolls comme référence directe. Malcolm McLaren, futur manager des Pistols, avait géré brièvement les Dolls. Johnny Thunders deviendra une légende du punk rock américain avec ses Heartbreakers. Les Dolls avaient tout inventé deux ans avant que le punk soit baptisé comme genre.

— Discographie —

Plus de The NEW YORK DOLLS

Voir la fiche artiste →

La note des passionnés

4,0 /5

Pas encore noté

Donnez votre note

Continuer l'exploration

L'anthologie continue

New York Dolls