The J. Geils Band
Boston, Massachusetts, est une ville universitaire d’une richesse culturelle et musicale que sa réputation conservatrice et intellectuelle dissimule parfois. La scène rock de Boston des années soixante-dix , qui produira Aerosmith, Boston, The Cars et Pixies dans les décennies suivantes , a ses origines dans les groupes de clubs et de fraternités universitaires de la fin des années soixante. J. Geils Band, formé en 1967, est l’un des représentants les plus authentiques de cette scène de club , un groupe de blues-rock d’une vitalité et d’une conviction qui transparaissent immédiatement sur leur album de debut.
La formation classique du groupe , J. Geils à la guitare, Magic Dick à l’harmonica, Peter Wolf au chant, Danny Klein à la basse, Seth Justman aux claviers, Stephen Jo Bladd à la batterie , est une des formations les plus complètes et les plus équilibrées du rock américain de cette époque. Six musiciens, chacun d’une qualité individuelle remarquable, qui jouaient ensemble avec une cohésion qui venait de trois ans de clubs et de concerts.
Peter Wolf , né Peter Blankfield, pseudonyme choisi pour son association Wolf-Wolf-Geils , est l’un des grands performers du rock américain. Sa façon de travailler le public, d’improviser des connections verbales avec la salle, de mélanger la blague et le lyrisme dans une même phrase , est une forme d’art du spectacle qui rappelle les grands MC du soul et du r&b noirs.
Magic Dick à l’harmonica est une force musicale à part entière , son jeu amplifié, qui repousse les limites de l’harmonica chicago blues vers des territoires plus rock, est une des signatures sonores les plus reconnaissables du groupe. L’harmonica électrifié dans un contexte de rock and roll n’est pas une nouveauté (Sonny Boy Williamson, Paul Butterfield l’avaient fait), mais Magic Dick le fait avec une puissance et une agressivité qui lui donnent une dimension de guitare de plomb.
J. Geils lui-même , le guitariste qui donne son nom au groupe mais qui ne cherche jamais à le dominer , joue un rôle de soutien et de structure plutôt que de soliste exhibitionniste. Son rythme précis et ses riffs efficaces créent le tapis musical sur lequel Wolf et Magic Dick peuvent s’exprimer librement. Cette discrétion ego est une rareté dans un genre où les guitaristes leaders ont tendance à vouloir tout occuper.
L’album de debut est entièrement composé de reprises de blues , une façon de se présenter au public en disant clairement d’où vient le groupe et ce qui les anime. Pas de compositions originales, pas de tentative de créer immédiatement une identité propre par la composition , juste des interprétations de standards blues jouées avec une conviction et une énergie rock qui les transforment sans les trahir.
Atlantic Records , leur label , était le label de la soul et du r&b américain, de Ray Charles et Aretha Franklin, de Wilson Pickett. La signature de J. Geils Band chez Atlantic montre la connexion directe que ce groupe de rock de Boston maintenait avec les traditions de la musique noire américaine dont ils se réclamaient ouvertement.
La carrière du groupe s’étendra jusqu’au début des années quatre-vingt, avec un pic commercial spectaculaire en 1981 avec « Centerfold » et « Freeze-Frame » , chansons disco-rock très éloignées du blues authentique de leurs débuts. Ce tournant commercial créera des tensions entre Wolf et les autres membres qui mèneront à la dissolution. Mais les fans de la première période , de cet album de debut en particulier , gardent une affection particulière pour le groupe tel qu’il était avant la célébrité.
Le blues de Boston , dans la version qu’en font J. Geils Band , est une synthèse particulière. Ni tout à fait le blues de Chicago, ni le blues de Londres des groupes britanniques , quelque chose entre les deux, qui emprunte à toutes les traditions sans appartenir entièrement à aucune. Cette synthèse américaine du nord-est est leur originalité propre.
La décision d’Atlantic Records de signer J. Geils Band indique une vision de marché intéressante. Le label, qui avait signé Led Zeppelin à peine deux ans plus tôt et qui cherchait des groupes blancs capables de croiser rock et r&b, voyait dans le groupe de Boston quelque chose de similaire à ce qu’il cherchait. Cette vision s’avèrera correcte , J. Geils Band sera un des groupes les plus réguliers d’Atlantic pendant la décennie.
La longueur des concerts de J. Geils Band , des sets de deux à trois heures avec improvisations et extensions des chansons , était légendaire dans le circuit des clubs de Boston et de la côte Est. Cette endurance physique et musicale, cette capacité à maintenir l’énergie sur des durées très longues, vient d’années de concerts nightly dans des petits clubs où il fallait garder le public sur la piste de danse.
La voix de Peter Wolf , son timbre particulier, son sens du phrasing blues, sa façon d’articuler les syllabes , est une voix de circuit américain, pas britannique. Il n’y a aucun accent imitatif, aucune affectation anglaise comme on en entendait parfois chez les artistes américains qui voulaient sonner « authentique ». Wolf sonne comme ce qu’il est : un Bostonien d’origine juive qui a grandi avec le blues et le r&b.
Seth Justman aux claviers apporte une dimension soul à la musique du groupe qui la distingue du blues rock pur de groupes comme Canned Heat. Ses parties d’orgue Hammond et de piano électrique Wurlitzer créent une texture harmonique qui comble l’espace entre la guitare de Geils et la basse de Klein, donnant au son d’ensemble une richesse que le blues rock minimaliste ne peut pas atteindre.
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