The Flamin’ Groovies. San Francisco, 1971. Dans la San Francisco du summer of love, du psychedelisme et des grandes illusions collectives, les Flamin’ Groovies jouent du rock and roll des annees 1950. Pas du rock progressif. Pas de concept albums. Pas d’improvisation free jazz. Du Chuck Berry. Du Little Richard. Des Rolling Stones. Du rock dans sa forme la plus pure et la plus directe, celle de l’energie physique et de la joie immediate. « Teenage Head » est leur declaration d’independance artistique, leur billet d’amour pour une tradition que les modes de leur epoque avaient relegee aux oubliettes.

Cyril Jordan est le guitariste et l’ame du groupe. Sa Stratocaster joue les riffs du rock classique avec une energie et un amour qui ne sont pas de la nostalgie mais de la conviction : ce rock des annees 1950-1960 contient quelque chose d’essentiel que les evolutions du genre ont parfois dilue. Jordan veut garder cette essence vivante et presente dans la musique contemporaine. C’est une position artistique coherente et courageuse dans le contexte de 1971.

Roy Loney, chanteur fondateur du groupe, est encore present sur cet album avant de quitter la formation. Sa voix de rockabilly expressif et ses qualites de performeur scenique sont au coeur du son des Flamin’ Groovies. Il incarne le rock and roll des origines avec une conviction authentique qui ne ressemble pas a du deguisement retro mais a de la vraie passion musicale.

« Teenage Head » est le morceau titre, une celebracion de l’adolescence rock and roll avec un riff qui tue et un tempo qui ne laisse pas le choix de rester assis. C’est de l’energie pure, de la joie pure, du rock dans ce qu’il a de plus fondamental. Pas de message profond. Pas de concept philosophique. Juste le son qui fait battre le coeur plus vite.

L’influence des Rolling Stones est la plus visible sur cet album. Pas le son Stones de « Sympathy for the Devil » ou « Gimme Shelter », mais le son des Stones des premieres annees, celui de « Not Fade Away » et des reprises de blues americain. Les Groovies ont aime les Stones au moment exact ou les Stones etaient au plus proche de leurs racines, et c’est ce moment-la qu’ils cherchent a perpetuer.

La scene punk qui allait emerger cinq ou six ans plus tard devait enormement aux Flamin’ Groovies. Punk avant punk, ils avaient compris que la grandeur excessive du rock progressif appelait un retour aux fondamentaux, une desacralisation de l’album concept au profit du single a trois minutes, un retour au corps et a l’energie immediate. Le Groovies avaient pris cette position des 1969. Les punks la prendront en 1977 comme si c’etait une decouverte.

Kama Sutra Records, le label qui distribuait l’album aux Etats-Unis, n’etait pas le plus naturel des foyers pour un groupe de rock and roll classique. Mais le groupe y trouvait la liberte necessaire pour exprimer sa vision sans compromis. L’album a ete enregistre a New York avec une directitude et une economie de moyens qui correspondent parfaitement a l’esthetique du groupe.

Sur X : @flamingroovies

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Teenage Head