Shake Some Action
Si ce groupe californien n’a pas véritablement laissé une trace impérissable c’est peut-être par un certain manque de personnalité, on pense en effet irrésistiblement ici aux Byrds ou aux Beatles. Il n’empêche que cet album est l’une de leurs plus belles réussites et une perle du proto-punk.
San Francisco contre la psychédélie
En 1968, San Francisco est le centre du monde. Le Summer of Love est encore frais dans les mémoires, le Grateful Dead et Jefferson Airplane remplissent le Fillmore, tout le monde explore les possibilités infinies de la conscience altérée et des gammes en mode dorien. Dans ce contexte, les Flamin’ Groovies font figure d’anomalie radicale : un groupe de rock’n’roll direct, sans fioritures, qui préfère Chuck Berry aux expériences psychédéliques de ses contemporains.
Cyril Jordan, le guitariste et chef du groupe, voue une admiration sans bornes aux Beatles et aux Rolling Stones, mais surtout aux Stones des débuts, le groupe de « Not Fade Away » et « Route 66 », pas encore le groupe de « Exile on Main St. ». Il veut faire du rock’n’roll pur, celui qui était là avant que la drogue et les ambitions artistiques ne compliquent tout. Cette position est minoritaire dans la Bay Area de la fin des années 60 et du début des années 70.
Dave Edmunds et Londres
L’album « Shake Some Action » est enregistré à Londres avec Dave Edmunds à la production. Ce choix est révélateur : Edmunds est lui-même un passéiste revendiqué, amoureux du rock’n’roll des années 50 et 60, recordman de productions qui sentent la brillantine et le cuir. Ensemble, ils créent une chose étrange et magnifique : un album de 1975 qui sonne comme si le temps n’avait jamais passé, comme si les Beatles n’avaient jamais décidé de devenir philosophes et les Byrds de fusionner avec le country.
La chanson titre, « Shake Some Action », est un chef-d’oeuvre de power pop. Deux minutes trente de guitares jumelées qui shimmy comme des adolescents, d’harmonies vocales dignes des Everly Brothers, d’un refrain qui reste dans la tête pendant une semaine. Elle devient une référence pour tout le mouvement power pop qui va émerger dans les années suivantes : les Raspberries, Big Star, les Knack, les Cheap Trick… tous en sont les héritiers directs.

La prophétie punk
Les Ramones, qui sortent leur premier album en 1976, connaissent et admirent les Flamin’ Groovies. The Undertones en Irlande, les Buzzcocks à Manchester, les Jam en Grande-Bretagne : tous ces groupes qui vont faire le punk et la new wave ont dans leurs caisses à disques un exemplaire de « Shake Some Action ». La musique que les Flamin’ Groovies font en 1975 est exactement la musique que le punk va revendiquer comme son idéal, à une différence près : les Groovies aimaient les mélodies, les harmonies, le son propre. Le punk, lui, va brûler tout ça dans un brasier de trois accords et de colère.
Les Flamin’ Groovies ne percèrent jamais commercialement de façon significative. Trop en avance ? Trop en retard ? Trop dans un espace entre-deux que les radios ne savaient pas comment identifier ? Probablement un peu de tout ça. « Shake Some Action » reste leur monument, l’album qui dit le mieux ce qu’ils étaient : des amoureux de la pop pure dans un monde qui préférait l’expérimentation, des artisans du refrain dans une époque de défricheurs.
Plus de The FLAMIN GROOVIES
Voir la fiche artiste →La note des passionnés
Pas encore noté
Donnez votre note
Continuer l'exploration

