Sortie 1971

Carole King. Los Angeles, 1971. Cinq semaines au sommet des charts américains. L’album restera dans le Billboard pour plus de trois cents semaines consécutives. Quinze millions d’exemplaires vendus dans les années suivant sa sortie. Quatre Grammy Awards, dont Album de l’Année, Artiste Féminine de l’Année, Chanson de l’Année et Enregistrement de l’Année. Les chiffres de « Tapestry » sont vertigineux, mais ils ne disent rien sur l’essentiel : pourquoi cet album-là, pourquoi cette femme-là, pourquoi cette musique-là a-t-elle touché autant de gens avec une précision et une durabilité que peu d’albums ont égalée dans l’histoire de la musique populaire.

Carole King a 29 ans quand elle enregistre « Tapestry ». Derrière elle, une décennie de songwriter professionnelle parmi les plus productives de l’industrie musicale américaine. Avec son ancien mari Gerry Goffin, elle avait écrit des dizaines de hits pour d’autres artistes : « Will You Love Me Tomorrow » pour les Shirelles, « Take Good Care of My Baby » pour Bobby Vee, « The Loco-Motion » pour Little Eva, « Up on the Roof » pour les Drifters. Elle écrivait pour les autres parce que la pop music des années 1960 n’avait pas encore de place pour une femme compositrice et interprète de son propre matériel.

« Tapestry » est le moment où Carole King prend cette place pour elle-même. Assis derrière son piano dans son appartement de Laurel Canyon, avec James Taylor à la guitare, Russ Kunkel à la batterie, et Danny Kortchmar à la guitare électrique, elle enregistre ses propres chansons dans le style le plus naturel et le moins apprêté possible. Lou Adler, producteur d’une sensibilité et d’un goût rares, capte ce son de living room avec une précision qui fait que l’album semble enregistré dans la même pièce que l’auditeur.

« I Feel the Earth Move » est l’un des riffs de piano les plus euphoriques de la pop américaine. « It’s Too Late », co-écrite avec Toni Stern, est un constat de rupture d’une maturité et d’une dignité exemplaires, sans amertume, sans recrimination, juste la tristesse claire d’une fin acceptée. « So Far Away » est une méditation sur la distance et l’absence d’une beauté tranquille. « You’ve Got a Friend » est devenue l’hymne de l’amitié inconditionnelle le plus chanté du vingtième siècle, repris par James Taylor quelques mois avant la sortie de « Tapestry » avec une délicatesse qui honore l’original.

La pochette de l’album, Carole King assise dans son appartement de Laurel Canyon avec son chat, pieds nus dans une atmosphère de quotidien chaud et lumineux, était une révolution dans la façon dont les artistes se présentaient. Pas de glamour, pas de costume, pas de mise en scène. Juste une personne réelle dans son espace personnel. Cette image disait au public : je suis l’une de vous. Vous pouvez me faire confiance.

La déferlante « Tapestry » a changé l’industrie musicale américaine. Elle a prouvé qu’une femme de plus de 25 ans qui joue du piano et chante ses propres chansons sans accessoires spectaculaires pouvait vendre plus de disques que les superstars les plus marketées de l’époque. Cette preuve avait besoin d’être faite.

Sur X : @carolekingofficial

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