Carole King. Los Angeles, 1971. Six mois après « Tapestry », Carole King est de retour. La décision de sortir « Music » si rapidement après son triomphe était courageuse et risquée : les attentes étaient impossiblement élevées, et le danger de décevoir un public qui venait de vivre une révélation musicale était réel. Que King ait choisi de ne pas essayer de reproduire « Tapestry » mais d’aller dans des directions légèrement différentes dit quelque chose sur sa confiance en son propre jugement artistique et son peu d’intérêt pour la formule commerciale répétée.
« Music » est un album plus varié que « Tapestry », musicalement plus riche dans ses arrangements et plus aventureux dans ses structures. King explore des terrains légèrement plus funky, plus soul, avec des cordes et des cuivres qui donnent à certains morceaux une plénitude sonore plus proche des grandes productions soul de la côte est que du folk acoustique de Laurel Canyon. Ces explorations sont menées avec discernement : King n’abandonne jamais le sens de la chanson simple et bien construite qui est sa marque de fabrique.
« It’s Going to Take Some Time », reprise immédiatement par les Carpenters avec un succès commercial considérable, est une démonstration de sa capacité à écrire des mélodies à la fois originales et immédiatement mémorables. La reprise par les Carpenters est un hommage involontaire : quand un artiste de pop commercial mainstream choisit de reprendre votre chanson, c’est que la mélodie a quelque chose d’universellement accessible qui transcende les genres et les styles.
« Sweet Seasons » est peut-être la chanson la plus représentative de l’état d’esprit de « Music » : légère, ensoleillée, avec un groove détendu qui dit quelque chose sur le Laurel Canyon de 1971, cet endroit privilégié dans les collines de Los Angeles où la crème de la scène singer-songwriter californienne vivait dans une proximitée créatrice qui nourissait tous ces artistes les uns les autres.
James Taylor est encore présent à la guitare, de même que Russ Kunkel à la batterie et Danny Kortchmar. La familiarité entre ces musiciens qui se connaissaient bien et se comprenaient instantanément donne à « Music » la même qualité organique et spontanée qui avait fait la magie de « Tapestry ». Ce n’est pas une recette répétée : c’est simplement la continuation naturelle d’une collaboration musicale fructueuse.
Lou Adler, producteur, travaille avec la même philosophie que sur « Tapestry » : capturer la musicalité naturelle de King et de ses musiciens sans surproduction, en faisant confiance au talent des artistes pour créer leur propre ambiance. Ode Records, le label d’Adler, distribue l’album avec la conviction que King est désormais l’une des artistes les plus importantes de la scène américaine.
« Music » a été un succès commercial significatif, même s’il ne pouvait évidemment pas atteindre les chiffres stratosphériques de « Tapestry ». Il a confirmé que « Tapestry » n’était pas un accident chanceux mais l’expression d’un talent réel et durable. Carole King était là pour la longue durée.
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