Carly Simon. New York, 1972. La question avait hanté les radios, les chroniques musicales et les conversations de tout un pays pendant des décennies : de qui parle « You’re So Vain » ? Carly Simon avait maintenu le mystère avec une satisfaction visible, laissant les noms de Warren Beatty, de James Taylor, de Mick Jagger circuler sans jamais confirmer ni infirmer. Ce mystère délibéré était lui-même une extension de la chanson, qui parlait de quelqu’un tellement obsédé par sa propre image qu’il était sûr que cette chanson parlait de lui. La meilleure preuve que Simon avait touché juste.
Carly Elisabeth Simon est née à New York le 25 juin 1945, fille de Richard Simon, cofondateur de Simon and Schuster. Elle a grandi dans un foyer d’intellectuels new-yorkais où la musique, la littérature et l’art faisaient partie du tissu quotidien de la vie. Sa formation musicale était celle d’une enfant qui avait baigné dans la musique sans l’avoir formellement étudiée, ce qui lui donnait une liberté créatrice que l’éducation formelle n’aurait peut-être pas préservée.
« You’re So Vain » est une chanson d’une précision clinique dans ses observations. Chaque couplet décrit avec des détails concrets et évocateurs le comportement d’un homme narcissique : son arrivée à la fête comme une star, son yacht, son amant de la semaine, son usage des femmes comme miroirs. Ces observations sont si précises qu’elles font penser à quelqu’un de réel, et c’est peut-être là le secret de la pérennité de la chanson.
Mick Jagger chante les voix de fond sur « You’re So Vain ». Cette contribution du leader des Rolling Stones à la chanson qui demande qui est l’homme trop occupé par sa propre image a ajouté une couche d’ironie supplémentaire à une chanson qui en était déjà bien pourvue. La présence de Jagger était connue mais rarement commentée, comme si tout le monde avait implicitement accepté qu’elle ajoutait au mystère plutôt qu’elle ne le réduisait.
Richard Perry produisait l’album avec la même approche pop sophistiquée qu’il avait utilisée avec Nilsson et d’autres artistes. Sa compréhension de ce que Simon cherchait musicalement, et sa capacité à créer des arrangements qui mettaient en valeur sa voix sans l’écraser, ont donné à « No Secrets » son son caractéristique : élégant, direct, et d’une efficacité commerciale qui n’était jamais aux dépens de la substance artistique.
Elektra Records distribuait l’album qui allait atteindre la première place des charts américains et rester plusieurs semaines en tête. Le succès de « You’re So Vain » avait transformé Carly Simon en une figure de la culture populaire américaine bien au-delà du simple succès musical.
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