1970 Album

John Phillips (John, The Wolf King of L.A.)

par John PHILLIPS

4,0
Sortie 1970

Il y a des titres d’albums qui contiennent toute une mythologie. John the Wolf King of L.A. est de ceux-la. ‘The Wolf King of L.A.’ : pas de modestie excessive ici. John Phillips se pose en roi, en figure mythologique de la cite des anges. C’est l’album d’un homme qui a tout eu et qui cherche a redefiner ce qu’il veut etre maintenant que les Mamas and the Papas ne sont plus.

John Edmund Andrew Phillips est ne le 30 aout 1935 a Parris Island en Caroline du Sud. Il a fonde les Mamas and the Papas avec Michelle Phillips, Cass Elliot et Denny Doherty en 1965. Le groupe a incarne une certaine version du reve californien de la fin des annees 1960 : harmonies vocales somptueuses, melodies lumineuses, lifestyle de Laurel Canyon. ‘California Dreamin », ‘Monday Monday’, ‘Dedicated to the One I Love’ : des chansons qui ont defini une epoque et continuent de resonner a travers les decennies.

Mais en 1968, les tensions internes et les dissensions artistiques ont eu raison du groupe. Les Mamas and the Papas se separent. Cass Elliot entame une carriere solo. Michelle et John divorcent. Denny Doherty regagne le Canada. Et John Phillips se retrouve seul avec ses idees de grandeur et une envie de se reinventer, dans une ville qui ne pardonne pas facilement les silences trop longs.

John the Wolf King of L.A. sort en 1970 sur Dunhill Records. L’album a une histoire compliquee : enregistre en plusieurs sessions, retarde, reshape. Phillips a fait appel a des amis impressionnants pour l’enregistrement : Ringo Starr joue de la batterie sur certains titres. Graham Nash apporte ses harmonies. Terry Melcher, le fils de Doris Day et producteur des Beach Boys, a participe a certaines sessions. C’est un album de grand standing, fait par des gens qui connaissent leur metier sur le bout des doigts.

Le son de l’album est celui du rock californien de l’epoque : acoustique, ensoleille, avec des harmonies vocales qui rappellent evidemment le passe des Mamas and the Papas mais regardent vers une direction plus personnelle. Phillips n’est plus le compositeur de tubes faciles. Il cherche quelque chose de plus complexe, de plus ambigu, quelque chose qui correspond a ce qu’il est devenu apres les annees de gloire collective.

‘April Anne’ est une chanson dediee a sa fille (future actrice et musicienne, Mackenzie Phillips). Il y a dans ce titre une tendresse paternelle qui contraste avec l’image du ‘Wolf King’ du titre de l’album. C’est peut-etre ca le vrai Phillips : derriere la posture de la figure mythologique se cache un pere, un homme qui a peur de laisser partir ce qui lui est cher.

‘Mississippi’ est une autre piece marquante, un voyage melancolique vers les racines du Sud americain que Phillips porte en lui depuis son enfance en Caroline du Sud. L’album a cette qualite des oeuvres de transition : il regarde simultanement vers le passe (les Mamas and the Papas, Laurel Canyon au sommet de sa creativite) et vers un futur encore indefini.

Le Los Angeles de 1970 dans lequel cet album prend naissance est une ville en pleine effervescence creative. Les studios d’enregistrement de Sunset Boulevard fonctionnent nuit et jour. Les musiciens se croisent dans les studios, s’echangent des idees, s’empruntent des musiciens. Phillips est au coeur de ce reseau, fort de son statut de cofondateur du Monterey Pop Festival de 1967, l’evenement qui avait lance la scene rock californienne dans la stratosphere.

Car c’est la l’autre dimension de John Phillips que cet album illustre : ce n’est pas seulement un chanteur-compositeur, c’est un architecte de scenes musicales. L’organisation de Monterey Pop en 1967 reste l’un des coups de maitre les plus decisifs de l’histoire du rock moderne. Phillips avait su reunir Jimi Hendrix, Janis Joplin, The Who, Otis Redding et des dizaines d’autres sur une meme scene, inventant de toutes pieces le concept de grand festival de rock qui allait nourrir Woodstock, Glastonbury et tous leurs successeurs.

L’album ne rencontre pas le succes commercial espere. Le public attend peut-etre quelque chose qui ressemble davantage aux Mamas and the Papas, et ce que Phillips lui offre est quelque chose de plus complexe, de plus difficile a apprehender. Mais John the Wolf King of L.A. a survecu a son echec commercial relatif pour devenir un objet de curiosite et d’admiration pour les amateurs du son californien de cette epoque.

On y entend un homme qui se cherche, qui essaie de definir ce qu’il est en dehors du groupe qui l’a defini. C’est toujours fascinant d’entendre quelqu’un chercher sa propre voix, meme quand il ne la trouve pas completement. Cinquante ans apres, le Wolf King de Los Angeles continue de hanter les bacs des disquaires independants, attendant d’etre redecouvert par la prochaine generation d’amateurs de rock californien.

La note des passionnés

4,0 /5

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