1970 Album

John B. Sebastian

par John SEBASTIAN

4,0
Sortie 1970
Genres folk rock · songwriter

John Sebastian est l’un de ces musiciens dont le sourire s’entend dans chaque note. Fondateur des Lovin’ Spoonful, l’un des groupes les plus lumineux du folk-rock americain des annees 1960, il arrive en 1970 avec un premier album solo qui porte son nom comme une signature et une declaration : John B. Sebastian. Pas d’artifice, pas de concept complique. Juste un homme, ses chansons, et cette joie de vivre communicative qui a fait sa reputation au fil des annees.

Ne le 17 mars 1944 a Greenwich Village, New York, John Sebastian a grandi dans un appartement baigne de musique. Son pere, John Sebastian Sr., etait l’un des harmonicistes les plus respectes du pays, specialiste de la musique classique et de la musique de chambre. Sa mere recevait les plus grands noms du jazz et du folk. Dans cet environnement fertile, le jeune John a absorbe des dizaines de styles musicaux avant meme d’avoir decide ce qu’il voulait faire de sa vie. La reponse est venue naturellement : tout faire en meme temps, sans hierarchy, sans frontiere artificielle entre les genres.

Les Lovin’ Spoonful avaient marque les annees 1966-1967 avec des hits comme ‘Do You Believe in Magic’, ‘Summer in the City’ et ‘Daydream’. Des chansons solaires, optimistes, qui semblaient capter l’essence meme de la bonne humeur americaine. Puis le groupe s’etait separe, laissant Sebastian libre de s’exprimer en solo. Il n’avait pas encore de plan precis quand Woodstock est arrive et a tout change.

Woodstock, aout 1969. Sebastian n’etait pas prevu au programme. Il etait dans la foule, spectateur parmi les centaines de milliers d’autres venus de tout le pays pour vivre ce moment historique. Mais quand l’organisation du festival a eu besoin de quelqu’un pour animer l’attente entre deux groupes, quelqu’un a pense a lui. Il est monte sur scene avec sa guitare et son harmonica, dans un tie-dye improvise, et a joue comme si c’etait le plus naturel du monde devant cinq cent mille personnes. Sa performance dans le film de Michael Wadleigh est l’un des moments les plus touchants de ce document historique majeur.

John B. Sebastian sort en 1970 sur Reprise Records. L’album beneficie d’une production chaleureuse qui met en valeur la voix de Sebastian, a la fois trainante et precise, et son jeu de guitare acoustique raffine. Les arrangements sont denses sans jamais etre surchaiges : guitares acoustiques et electriques, pedal steel, orgue, choeurs discrets. Tout respire la bonne humeur et l’artisanat soigne. C’est un album fait par quelqu’un qui aime la musique et qui veut que cet amour se transmette directement.

‘She’s a Lady’ est sans doute le titre le plus immediatement accrocheur de l’album, une pop song construite avec l’efficacite d’un horloger suisse. Sebastian sait ecrire des refrains qui restent dans la tete pendant des jours, des semaines. C’est un talent rare, qu’il partage avec les meilleurs compositeurs de sa generation, un talent qui ne s’apprend pas vraiment et qui soit est la soit ne l’est pas.

Ce qui distingue cet album des productions pop conventionnelles de l’epoque, c’est la richesse des influences que Sebastian y convoque. On entend le folk d’Appalachie, le blues du delta, le jug band music qu’il a explore dans ses annees de jeunesse, la country californienne qui commence a s’imposer comme un genre a part entiere. Sebastian est un musicien omnivore qui digere toutes ces traditions et les restitue en quelque chose de reconnaissablement personnel.

La production de l’album a ete confiee a des collaborateurs proches de Sebastian. Le resultat est un disque artisanal, fait a l’ancienne, sans recours excessif aux technologies d’enregistrement les plus sophistiquees de l’epoque. C’est volontaire. Sebastian croit en la chaleur des enregistrements analogiques, en la capacite d’une bande magnetique a capturer quelque chose que les traitements numeriques ne peuvent pas reproduire. Cette chaleur est palpable a chaque ecoute.

Il faut parler de l’harmonica de Sebastian. Instrument associe au blues dans la culture rock, il lui donne ici une fonction differente : melodique, ornementale, presque conversationnelle. Sebastian joue de l’harmonica comme il chante, avec une liberte rythmique et une expressivite qui font de chaque intervention un moment de grace. Son pere lui a transmis quelque chose que l’instrument academique ne pouvait pas donner : le sens de la phrase, le gout pour le silence entre les notes.

Sur X : @johnsebastian

John B. Sebastian entrera dans le Top 20 americain, signe de la popularite intacte de son auteur apres la dissolution des Lovin’ Spoonful. Il confirme qu’un musicien de cette envergure n’a pas besoin d’un groupe pour exister, qu’il porte en lui suffisamment de musique pour faire vivre une oeuvre entiere a lui seul. Il lui suffit d’une guitare, d’une melodie et de cette facon unique qu’il a de regarder le monde avec des yeux qui y voient toujours quelque chose de beau a celebrer.

Cinquante ans apres sa sortie, cet album continue d’exercer sa fascination discrete sur tous ceux qui le decouvrent. Ce n’est pas un disque qui crie, qui cherche a impressionner. C’est un disque qui s’installe doucement et qui reste, comme un ami de longue date qu’on est toujours heureux de retrouver. La musique de John Sebastian reste exactement ca : un rayon de soleil qui ne se demande pas si le temps le permet, une presence simple et necessaire dans un monde qui en a besoin.

La note des passionnés

4,0 /5

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