John Cipollina était le guitariste de Quicksilver Messenger Service, l’un des grands groupes de la scène psychédélique de San Francisco des années soixante. Son son de guitare – avec l’utilisation de la pédale de vibrato, ses bends particuliers et sa façon de trouver des mélodies dans les espaces entre les riffs – était reconnaissable entre mille. Quicksilver s’était dissous et reformé plusieurs fois au cours des années soixante et début soixante-dix, et Cipollina cherchait un nouveau contexte pour s’exprimer. Copperhead, le groupe qu’il a formé en 1972 avec d’anciens collaborateurs de la scène de San Francisco, était cette tentative de trouver un nouveau départ.
L’album éponyme de Copperhead (1973) est l’unique document discographique de ce groupe éphémère. Il présente Cipollina dans un contexte qui s’éloigne de la psychédélie de Quicksilver pour se rapprocher d’un rock plus direct et plus ancré dans la tradition du blues et du country rock qui dominait San Francisco au début des années soixante-dix. Les Jefferson Airplane s’étaient transformés en Jefferson Starship, Grateful Dead naviguaient entre l’expérimentation et l’accessibilité, et le paysage musical de la ville avait changé.
La guitare de Cipollina sur cet album est le point central de chaque chanson. Il joue avec une économie que les fans de Quicksilver pourraient trouver surprenante – moins d’improvisation libre, plus de structure, des solos qui savent exactement ou ils vont. Ce changement de style n’est pas une régression mais une adaptation consciente au contexte musical d’un nouveau groupe avec sa propre identité.
Steve Miller – pas le même Steve Miller que le Steve Miller Band mais un autre musicien portant le meme nom – et les autres membres de Copperhead apportent un son de groupe cohérent qui soutient les ambitions de Cipollina sans jamais chercher a le dominer. Il y a dans Copperhead une qualité de groupe – cette chose difficile a définir qui fait qu’un ensemble de musiciens devient quelque chose de plus grand qu’une collection d’individus – qui rend l’album satisfaisant meme si aucun des morceaux n’atteint le statut de classique.
La pochette de l’album, avec l’image d’un serpent copperhead dans un décor de prairies américaines, annonce une musique qui est profondément américaine dans ses références. Il y a des influences country dans certaines des lignes de guitare, des reminiscences de blues dans d’autres, et partout cette qualité de la scène de San Francisco qui savait mêler les genres avec naturel et sans auto-conscience.
Copperhead s’est dissous rapidement après la sortie de cet album. Columbia n’a pas suffisamment soutenu le projet commercialement, et le groupe n’a pas eu le temps de développer une identité suffisamment distinctive pour survivre dans le marché compétitif du rock américain du début des années soixante-dix. Cipollina a continué a jouer avec différents groupes et en solo jusqu’a sa mort en 1989, toujours reconnu par les connaisseurs comme l’un des grands guitaristes de sa génération.
Pour les collectionneurs de la scène de San Francisco et pour ceux qui aiment découvrir les faces cachées de la scène rock américaine des années soixante-dix, l’album de Copperhead est une trouvaille précieuse. Il documente un moment de transition dans la carrière d’un grand guitariste et dans l’évolution d’une scène musicale qui cherchait sa direction après l’efferverscence des sixties. Ce n’est pas un chef-d’oeuvre, mais c’est une oeuvre honnete et musicalement satisfaisante qui mérite d’etre connue.
John Cipollina avait développé son son de guitare pendant les années Quicksilver Messenger Service d’une façon particulièrement organique. Il utilisait peu d’effets électroniques – sa signature sonore venait principalement de ses doigts, de sa façon de plier les cordes et d’utiliser la vibrato naturelle du trémolo de sa guitare. Cette approche physique et directe du son donnait a sa guitare une qualité humaine et tactile qu’on retrouve sur l’album de Copperhead.
L’éphémère durée de vie de Copperhead est aussi l’histoire de nombreux groupes de la scène de San Francisco après la période de la Summer of Love. Les conditions économiques et culturelles qui avaient permis a cette scène de prospérer – une industrie musicale enthousiaste, un public captif, des médias attentifs – avaient changé au début des années soixante-dix, et beaucoup de groupes de talent ont disparu sans laisser de traces suffisantes de leur passage.
Cipollina a vécu encore seize ans après la dissolution de Copperhead, jouant dans de nombreux contextes différents et restant une figure respectée de la scène musicale de la Bay Area. Sa mort en 1989 a été marquée par des hommages nombreux de musiciens qui reconnaissaient en lui un maître dont les leçons avaient forgé leur propre approche de la guitare. L’album de Copperhead est le document le plus facilement accessible de sa post-Quicksilver carrière, et a ce titre il mérite une place dans toute collection sérieuse de rock américain des seventies.
L’unique album de Copperhead a été réédité en format numérique et est maintenant plus facilement accessible qu’il ne l’était pendant des décennies de semi-obscurité. Cette accessibilité nouvelle a permis a de nouveaux auditeurs de découvrir Cipollina dans ce contexte post-Quicksilver, et les retours sont unanimes sur la qualité de sa guitare. Même si le groupe n’a existé que brièvement, l’album qu’il a laissé mérite la découverte.
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