1973 Album

The Ozark Mountain Daredevils

par OZARK MOUNTAIN DAREDEVILS

4,0

Les audacieux des Ozarks

1973. The Ozark Mountain Daredevils publient leur premier album éponyme et introduisent dans le paysage du rock américain un son qui mélange country, bluegrass, folk et rock avec une légèreté et une joie de vivre qui contrastent avec la gravité du Southern rock des Allman Brothers ou la brutalité de Lynyrd Skynyrd. Le groupe vient de Springfield, Missouri, au coeur des Ozarks, région de plateaux et de forêts qui a ses propres traditions musicales, ses propres accents, sa propre façon de voir le monde.

Steve Cash chante avec un harmonica et une voix qui évoquent directement les traditions folk rurales du Missouri : direct, sans affectation, avec ce quelque chose d’inimitable qui sépare les vrais musiciens de ceux qui imitent des musiques qui ne sont pas les leurs. John Dillon à la guitare apporte une technique acoustique et électrique polyvalente, capable de passer du picking bluegrass au riff rock sans que la transition semble forcée. Michael Granda à la basse ancre le tout dans un groove qui ne perd jamais le fil de la danse.

La région des Ozarks a une histoire musicale longue et riche. Les communautés qui s’y sont installées depuis le dix-huitième siècle ont apporté avec elles les traditions musicales celtiques et européennes d’Irlande, d’Écosse et d’Allemagne, et les ont fait évoluer dans leur nouveau contexte américain vers quelque chose d’unique. Ce substrat est audible dans la musique des Daredevils : il y a dans leurs mélodies quelque chose d’ancien et d’enraciné qui les distingue du rock californien ou new-yorkais.

Le pays profond

La production de l’album est sobre et transparente, laissant les musiciens jouer avec l’énergie live qu’ils avaient développée lors de années de concerts dans les bars et les festivals du Midwest américain. Les Daredevils sont avant tout un groupe de scène, et leur musique a cette qualité de la performance en direct : elle semble plus à l’aise dans un espace avec un public que dans les conditions contrôlées du studio.

Buddy Brayfield aux claviers apporte des couleurs de country électrique et de honky-tonk qui renforcent l’ancrage rural du groupe. Les claviers de Brayfield ne cherchent pas la sophistication du prog ou le funk de la soul. Ils cherchent le saloon, le bar de campagne, la grange décorée pour la danse du vendredi soir. Et dans ce registre, ils sont parfaitement calibrés.

Le groupe aura son plus grand succès commercial avec leur deuxième album (It’ll Shine When It Shines, 1974) et surtout le single If You Wanna Get to Heaven. Mais leur premier album contient les graines de tout ce qui fera leur identité : cette façon particulière d’être américain sans être new-yorkais ni californien, d’être rock sans renier la country, d’être moderne sans oublier la tradition.

Le son du centre de l’Amérique

L’Amérique entre les deux côtes est musicalement sous-représentée dans les récits habituels de l’histoire du rock. New York, Los Angeles, San Francisco, Nashville, Memphis, La Nouvelle-Orléans : ces villes captent l’attention et les narratifs. Mais le Midwest et les Ozarks ont leur propre vie musicale, leurs propres traditions, et des groupes comme les Ozark Mountain Daredevils sont les ambassadeurs de ce territoire oublié. Leur premier album est une invitation à voyager dans une Amérique moins visible mais tout aussi réelle.

La note des passionnés

4,0 /5

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The Ozark Mountain Daredevils