Tyrannosaurus Rex. Londres, 1970. Marc Bolan est a un tournant de sa vie et de sa carriere. Depuis trois ans, lui et son partenaire de bongos Steve Peregrin Took formaient un duo de folk psychedelique elfique qui captivait le London underground avec ses chansons de lutins, de sorciers et de chevaux cosmiques. Mais Took est parti en 1969 et son remplacant Mickey Finn, s’il apporte une alchimie differente, apporte aussi une ouverture nouvelle. Et surtout, Bolan commence a brancher sa guitare acoustique. « A Beard of Stars » est le dernier album de la periode acoustique et le premier frisson electrique du futur T.Rex.

Marc Bolan est ne Mark Feld a Stoke Newington, dans l’est londonien, le 30 septembre 1947. Fils d’un chauffeur de camion et d’une marchande de fruits, il a grandi avec la certitude absolue et irrationnelle qu’il allait devenir une star. A seize ans, il fait deja des photos de mode. A dix-sept ans, il enregistre ses premiers singles. Il absorbe les influences de la beatnik poetry, du blues americain, des vieux films de cowboy et de la mythologie celtique en une vision artistique totalement personnelle.

Les premiers albums de Tyrannosaurus Rex, « My People Were Fair and Had Sky in Their Hair… But Now They’re Content to Wear Stars on Their Brows » et « Prophets, Seers and Sages, The Angels of the Ages », etaient des oeuvres de folk psychedelique minimaliste d’une beaute etrange. Bolan jouait de la guitare acoustique avec une delicatesse elfique, sa voix vibrante montant et descendant dans des harmoniques inhabituelles, pendant que Took tapait sur ses bongos dans un accompagnement percussif hypnotique. C’etait de la musique de contes de fees pour adultes.

Avec Mickey Finn, la chimie est differente mais tout aussi productive. Finn joue aussi des bongos et des percussions, mais il apporte une qualite visuelle et scenique supplementaire au duo. Grand, elegant, avec un sourire charmeur, il equilibre parfaitement le cote plus intense et lyrique de Bolan sur scene. Ensemble, ils continuent la tradition des noms de chansons impossibles et magnifiques qui caracterisait Tyrannosaurus Rex.

Tony Visconti produit l’album. Visconti, americain installe a Londres, va devenir l’un des producteurs les plus importants du rock britannique des annees 1970, notamment grace a ses collaborations avec David Bowie. Sa sensibilite musicale complement parfaitement celle de Bolan. Il comprend la vision du musicien et sait l’amplifier sans la trahir.

« Prelude » ouvre l’album avec une guitare acoustique d’une delicatesse presque irreelle. Les harmoniques naturelles de l’instrument resonnent dans le silence comme des cloches de verre. C’est une introduction qui annonce un voyage dans un monde de fantaisie musicale sophistiquee. « A Day Laye » suit avec la melodie folk caracteristique de Bolan, sa voix vibrant dans ces registres aigus qui semblent venus d’un autre monde.

Et puis arrive « Elemental Child », et tout change. C’est la premiere grande declaration electrique de Marc Bolan. La guitare est amplifiee, distordue, puissante. Le riff est simple et imparable. Bolan chante avec une conviction rock qu’il n’avait pas encore aussi clairement exprimee. C’est le futur T.Rex en embryon, la promesse de ce qui allait venir dans quelques mois quand « Ride a White Swan » allait declencer la Bolanmania britannique. « Elemental Child » dure pres de sept minutes et chaque seconde est habitee par l’energie d’un artiste en train de se transformer.

« By the Light of a Magical Moon » est une ballade acoustique d’une beaute melancolique, avec une melodie qui reste longtemps apres la fin du morceau. Bolan y demontre que sa sensibilite poetique est aussi grande que son instinct rock. Les deux ne s’excluent pas. Ils se nourrissent l’un l’autre pour produire quelque chose d’unique dans la discographie du rock britannique.

Regal Zonophone, le label qui distribuait les albums de Tyrannosaurus Rex, etait une filiale d’EMI specialisee dans le rock progressif et underground britannique. L’album a bien marche en Grande-Bretagne, confirmant que la base de fans du groupe etait fidele et croissante. Mais Bolan visait quelque chose de plus grand. Il voulait les hit-parades, pas seulement les cercles underground. « A Beard of Stars » est le dernier pas avant le saut vers la gloire massive.

Quand on ecoute « A Beard of Stars » aujourd’hui, on entend un artiste en mouvement perpetuel, quelqu’un qui ne peut pas rester immobile, qui cherche constamment a aller plus loin dans sa vision musicale. Marc Bolan n’etait pas encore T.Rex. Mais il etait deja un artiste complet, coherent, avec une voix et un son absolument uniques. Ce dernier album acoustique est a la fois une conclusion et un commencement. La fin d’une epoque et l’aube d’une autre.

Sur X : @TREX

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A Beard of Stars