Mick Jones des Clash a produit cet album. Ca explique beaucoup de choses. Les Libertines sonnent comme si The Clash avait ete eleve dans les pubs de l’East End londonien plutot qu’a Notting Hill, avec moins de politisation mais autant d’energie brute. « Up The Bracket » est l’un des grands albums de la decennie, et il a ete fait dans le chaos le plus total.
Pete, Carl et la fraternite impossible
Pete Doherty et Carl Barat se rencontrent dans les annees 90 et deviennent immediatement les meilleurs amis du monde. Ils partagent la meme passion pour la litterature et la poesie britanniques, pour les punks des annees 70, pour William Blake et Arthur Rimbaud. Ensemble, ils ecrivent des chansons qui portent cette double influence : la poesie des rues de Londres et la vitesse du punk le plus basique.
Le groupe se complete avec John Hassall a la basse et Gary Powell a la batterie. Les sessions d’enregistrement avec Mick Jones sont legendaires pour leur chaos organisé : Doherty disparait regulierement, les drogues circulent, mais quelque chose de magique se produit dans les bandes. L’urgence de la situation se retrouve dans chaque chanson.
What a Waster et le Londres qui ne dort pas
« What a Waster » ouvre l’album comme une gifle. Le riff est minimal, la voix de Barat est crispee d’une energie nerveuse, et les paroles decrivent avec affection ironique quelqu’un dont la vie tourne autour des pubs et des mauvaises decisions. La chanson est autobiographique sans l’avouer. En quelques mesures, les Libertines etablissent leur territoire : le Londres nocturne, scruffy et romantique, des fetes qui ne finissent pas.
« Time for Heroes » est l’anthem de l’album, peut-etre de toute leur carriere. Une ballade qui monte, monte, et explose dans un refrain qui semble parler au meme temps de la politique britannique et d’une fin de soiree qui tourne mal. « Boys in the Band » est plus directe, plus punk, construite sur un riff qui cite sans se cacher les Clash de « London Calling ».

L’heritage d’un album chaotique
Le NME elu « Up The Bracket » album de l’annee 2002. C’est un choix qui ne souffre pas la contestation. Dans une annee ou le rock britannique cherchait son nouveau souffle, les Libertines sont arrives avec quelque chose d’authentiquement nouveau : une musique qui sonnait a la fois comme 1977 et comme 2002, ancree dans une tradition claire mais pleinement vivante.
Le groupe explose rapidement, victime de ses propres contradictions : Pete Doherty et son addiction a l’heroine, les tensions entre Doherty et Barat, la pression commerciale. Leur deuxieme album sort en 2004 et le groupe se separe peu apres. « Up The Bracket » reste donc le chef-d’oeuvre d’un groupe qui n’a pas eu le temps d’en faire d’autres. Ce n’est pas sans rappeler la tradition la plus romantique du rock britannique.
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