2006 •Album

Waterloo to Anywhere

par DIRTY PRETTY THINGS

★★★★☆4,0
Sortie 2006
Genres indie rock

Quand les Libertines ont explose en 2004 – dissolution spectaculaire, rendez-vous manques, heroine et desaccords artistiques – deux trajectoires se sont dessinees. Pete Doherty est parti vers Babyshambles et le feuilleton rock le plus mediatique de la decennie. Carl Barat, lui, a fait ce que les vrais musiciens font apres le naufrage : il a retrousse ses manches et il a commence a ecrire. Waterloo to Anywhere, premier album de Dirty Pretty Things, sort en 2006. C’est l’oeuvre d’un homme qui n’a pas le droit de se rater – pas apres les Libertines, pas apres ce que ce groupe a represente pour toute une generation de jeunes Britanniques qui ont cru qu’on pouvait encore inventer quelque chose d’essentiel dans le rock anglais. Barat s’en sort avec les honneurs. Ce n’est pas Up the Bracket, il le sait, le monde le sait. Mais c’est un album solide, passionnel, nourri par une veritable urgence creative, et signe par des musiciens qui jouent comme si leur vie en dependait.

L’Apres-Libertines et la Necessite de Prouver

La pression sur Carl Barat en 2005-2006 est considerable. Les Libertines avaient ete le groupe le plus important du rock britannique depuis Oasis – certains diraient depuis The Smiths, selon les sensibilites. La relation creactive et personnelle entre Barat et Doherty avait produit deux albums et des dizaines de chansons qui avaient redefini ce que le rock anglais pouvait etre dans le debut des annees 2000 : plus litteral, plus charge de references poetiques et litteraires, plus ancre dans une geographie londonienne precise, plus ambigu dans ses references sexuelles et ses arrangements de genre. Construire quelque chose d’aussi fort apres cette explosion releve du defi artistique majeur. Barat choisit de ne pas essayer de reproduire la chimie des Libertines. Il choisit d’aller vers quelque chose de plus direct, de plus rock sans guillemets, de moins loaded en nostalgies litteraires. Gary Powell, le batteur des Libertines, le suit dans cette aventure, apportant une continuite rythmique avec le groupe original. Didz Hammond, venu de Cooper Temple Clause, complete la formation avec une basse solide et une personalite musicale distincte.

La Tracklist : Rock Anglais, Brut et Vital

Deadwood ouvre l’album avec une energie qui ne laisse aucun doute sur les intentions du groupe : c’est du rock britannique pur, bruit, vitesse, melodie. Le titre annonce une rupture avec un monde mort – deadwood, le bois mort – et une volonte de repartir de zero avec les outils essentiels. Bang Bang You’re Dead est le single le plus evident de l’album, une construction rock qui sait exactement ce qu’elle fait et le fait avec conviction. Doctors and Dealers retrouve les ambiances de la vie marginale londonienne qui avaient nourri les Libertines – ces personnages de la nuit, ces figures de l’economie souterraine urbaine qui peuplent les meilleures chansons du rock anglais depuis les Kinks. If You Love a Woman marque une pause acoustique qui revele une autre facette de Barat : le compositeur de ballades, le crooner potentiel qui cache sous ses riffs son romantisme fondamental. You Fucking Love It reprend la charge avec une brutalite frontale. Last of the Small Town Playboys est peut-etre la chanson la plus touchante de l’album – une elegie pour une certaine maniere d’etre jeune et irresponsable que l’age adulte va inexorablement detruire.

L’Absence de Doherty et la Question de la Chimie

Il est impossible d’ecouter Waterloo to Anywhere sans penser a Pete Doherty. Pas parce que l’album est inferieur a ce qu’auraient pu produire des Libertines reunis – c’est une comparaison inutile et injuste. Mais parce que l’absence de Doherty est une presence en soi. Les chansons de Barat sont plus directes, moins equivoques, moins chargees de cette ambiguite poetique et morale qui faisait la marque de fabrique des Libertines. Ce n’est pas un defaut – c’est une direction artistique differente. Dirty Pretty Things est un groupe de rock anglais classique, pas une experience litteraire deguisee en groupe de rock. Et dans ce registre, ils excellent. Ce qui manque, c’est peut-etre cette folie, cette prise de risque, cet abime emotionnel que Doherty apportait dans la composition commune. Mais ce qui reste est suffisamment solide pour que l’album tienne la distance.

Un Debut Digne et une Promesse Tenue a Demi

Dirty Pretty Things a sorti un deuxieme album – Romance at Short Notice en 2008 – avant de se dissoudre. Barat est ensuite retourne vers une reformation des Libertines qui a occupe le devant de la scene dans les annees 2010. Mais Waterloo to Anywhere reste un document interessant sur ce que le rock anglais post-Libertines cherchait a etre au milieu des annees 2000. C’est un album qui respecte sa tradition tout en cherchant une voie propre, qui honore ses influences sans les singer, qui joue avec une intensite que la douleur du divorce des Libertines avait peut-etre rendue encore plus urgente. Pour les amateurs du rock britannique de cette periode, c’est une ecoute indispensable – pas un chef-d’oeuvre, mais un album honnete et vital, signe par un musicien qui avait quelque chose a dire et qui a trouve les mots pour le dire.

La note des passionnés

4,0 /5

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Waterloo to Anywhere