The At The Sound of the Bell
par PAVLOV S DOG
Le second album de Pavlov’s Dog poursuit dans la veine mélodique du premier. Il est plus soft, perdant peut-être en spontanéité et en énergie ce qu’il gagne en qualité de production. Les sept musiciens du groupe sont ici accompagnés par quelques pointures de la scène symphonique américaine.
St. Louis, loin de tout
Pavlov’s Dog vient de St. Louis, Missouri. Pas de Londres, pas de Los Angeles, pas de New York : une ville du Midwest américain qui n’est pas particulièrement associée au rock progressif ou à l’art-rock de la première moitié des années 70. C’est peut-être cette distance géographique des centres créatifs qui permet au groupe d’inventer quelque chose d’aussi particulier : une musique symphonique et mélodique qui n’appartient à aucune des catégories alors à la mode.
David Surkamp est la voix du groupe, et quelle voix : un ténor aigu qui monte dans des aigus presque de contre-ténor, sans vibrato excessif, avec une projection et une puissance qui surprennent à l’écoute. Des critiques l’ont comparé à Robert Plant dans les moments les plus aigus de Led Zeppelin, d’autres à Pete Townshend, d’autres encore à une créature sonore sans précédent dans la pop-rock américaine. La comparaison la plus pertinente est peut-être avec le Greg Lake des débuts d’Emerson Lake and Palmer, pour cette façon de mélanger les textures classiques à une voix rock.
Proches de Genesis, mais américains
Le premier album « Pampered Menial » (1975) avait été acclamé par la critique mais négligé par le grand public. Columbia Records espère que « At the Sound of the Bell » offrira à Pavlov’s Dog la percée commerciale que leur musique mérite. La production est plus soignée, les arrangements orchestraux plus complexes, les mélodies plus travaillées. Jeff Pelosi à la batterie, Steve Scorfina à la guitare et David Hamilton aux claviers forment avec Surkamp un noyau créatif solide.
Les chansons de l’album explorent des territoires émotionnels que peu de groupes de rock osent fréquenter : la mélancolie romantique, la nostalgie de l’enfance, le sens du mystère et de l’irrémédiable. « Julia » est une ballade orchestrale d’une délicatesse extrême. « Natchez Trace » évoque le chemin historique qui traverse le Mississippi avec des images poétiques et une musique qui semble venir d’une autre époque.
Le mystère de l’oubli
Pourquoi Pavlov’s Dog est-il si méconnu ? La question mérite d’être posée. La qualité musicale est indiscutable, la technique des musiciens exemplaire, la vision artistique cohérente. Il y a peut-être dans la musique du groupe quelque chose de trop raffiné, trop introspectif pour séduire les radios FM américaines qui, en 1975, cherchent soit du hard rock soit du soft-rock. Ni vraiment l’un ni vraiment l’autre, Pavlov’s Dog tombe dans un vide commercial que la critique ne suffit pas à combler.
Le groupe se séparera peu après la sortie de « At the Sound of the Bell ». David Surkamp tentera une carrière solo qui ne rencontrera pas l’écho espéré. Pavlov’s Dog se reformera sporadiquement au fil des années, avec des alignements variables, pour des concerts devant un public de fidèles qui n’ont jamais oublié. « At the Sound of the Bell » reste une oeuvre à redécouvrir pour quiconque s’intéresse aux marges créatives du rock symphonique américain.
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