Pampered Menial
par PAVLOV S DOG
Pampered Menial, PAVLOV’S DOG (1974) : la voix de nulle part
Dans le paysage du rock progressif américain des années soixante-dix, Pavlov’s Dog occupe une place à part. Ce groupe de St. Louis, Missouri, ne ressemble à aucun de ses contemporains progressifs. Pas la virtuosité instrumentale calculée de Yes. Pas la grandeur classique d’ELP. Pas le mysticisme barré de Genesis. Pavlov’s Dog est quelque chose d’autre, quelque chose de plus difficile à catégoriser et pour cette raison même de plus difficile à oublier. Pampered Menial, leur premier album sorti en 1974 chez ABC Records, est une des oeuvres les plus singulières de toute la décennie.
David Surkamp : une voix comme nulle autre
La première chose qu’on remarque sur Pampered Menial, c’est la voix de David Surkamp. C’est une voix de haute-contre, aiguë et claire, qui peut sembler déconcertante au premier abord pour ceux qui l’entendent sans préparation. Ce n’est pas la voix d’un chanteur de rock conventionnel. Ce n’est pas non plus la voix d’un chanteur d’opéra. C’est quelque chose d’entièrement original, une voix qui semble venir d’un espace entre les genres et les traditions, et qui une fois apprivoisée s’avère extraordinairement expressive.
Surkamp chante avec une précision et une intensité qui peuvent rappeler certains aspects de la tradition folk anglaise ou de la musique baroque. Il n’utilise jamais la voix comme un instrument de séduction mais comme un instrument d’expression pure, au sens le plus musical du terme. La comparaison avec Jeff Buckley – qui n’est pas encore né à cette époque – s’impose parfois à l’écoute rétrospecive : cette même façon d’habiter complètement chaque note, de ne jamais se réfugier derrière une technique qui cache plutôt qu’elle ne révèle.
She Came Gliding et la construction orchestrale
« She Came Gliding » est la pièce centrale de l’album et l’une des compositions progressives les plus remarquables de 1974. Elle commence doucement, avec piano et voix, et se développe sur plusieurs minutes en une architecture sonore complexe qui intègre cordes, cuivres, guitares électriques et percussions dans une construction rigoureusement pensée. La chanson respire, se contracte, s’élargit, revient à son thème principal avec la logique d’une composition classique.
Le groupe autour de Surkamp – David Hamilton aux claviers, Steve Scorfina à la guitare, Rick Stockton à la basse, Thomas Nickeson à la batterie – est d’un niveau musical remarquable. Ils ont l’intelligence de ne jamais se montrer, de toujours servir la chanson plutôt que de l’utiliser comme prétexte à la démonstration individuelle.
La production de Sandy Pearlman
Sandy Pearlman, qui va ensuite produire les Blue Öyster Cult et le premier album des Clash, apporte une vision sonore précise et rigoureuse. Il comprend que la musique de Pavlov’s Dog est fragile d’une façon particulière : trop de pression commerciale la briserait, trop d’ambition de simplification la tuerait. Il la sert avec le respect dû aux oeuvres qui savent ce qu’elles sont.
La pochette de l’album, avec son illustration baroque et mystérieuse, capture bien l’esprit de la musique : quelque chose d’ancien et de moderne à la fois, d’accessible et d’étrange, de populaire et d’aristocratique dans ses ambitions. Pavlov’s Dog n’a pas eu le succès qu’il méritait en son temps. Mais les auditeurs qui ont découvert cet album depuis – et ils sont nombreux, comme en témoignent les communautés en ligne dédiées au groupe – trouvent toujours quelque chose de neuf et d’émouvant à chaque écoute.
L’obscurité comme destin
Pavlov’s Dog n’a jamais percé commercialement. Leur deuxième album n’a pas mieux marché. Le groupe s’est dispersé au milieu des années soixante-dix. Surkamp a continué à faire de la musique de façon intermittente sans jamais retrouver le contexte idéal qu’il avait eu sur Pampered Menial. C’est une histoire qui se termine trop tôt.
Mais ce premier album existe, complet, impeccable dans son ambition et dans sa réalisation. C’est assez pour qu’une discographie entière en vaille la peine d’être découverte. Et c’est assez pour que le nom Pavlov’s Dog reste dans les mémoires de ceux qui aiment vraiment la musique.
Plus de PAVLOV S DOG
Voir la fiche artiste →La note des passionnés
Pas encore noté
Donnez votre note
Continuer l'exploration

