L, Steve HILLAGE (1976) : le guitariste des étoiles
Steve Hillage est l’un des guitaristes les plus singuliers de toute la scène progressive britannique des années soixante-dix. Passé par Kevin Ayers, par Gong (le groupe de rock cosmique franco-britannique de Daevid Allen), il a développé un style de guitare immédiatement reconnaissable : lyrique, psychédélique, avec un usage du sustain et de l’effet de phaser qui crée des sons presque orchestraux. L, son deuxième album solo sorti en 1976 chez Virgin Records et produit par Todd Rundgren aux États-Unis, est son oeuvre la plus accomplie et la plus accessible.
Todd Rundgren et la production transatlantique
Le choix de Todd Rundgren comme producteur est étonnant et parfait à la fois. Rundgren, qui dirige son propre studio Utopia à Woodstock, New York, est à la fois un producteur exceptionnel (il a travaillé avec Badfinger, le New York Dolls, Meat Loaf) et un musicien expérimental dans sa propre carrière. Il comprend intuitivement ce que Hillage cherche : une production qui laisse respirer la guitare, qui donne aux textures psychédéliques l’espace qu’elles demandent sans les écraser sous une production trop lourde.
Les sessions se passent aux studios de Rundgren à Bearsville. L’ambiance est collaborative et détendue, loin des pressions des studios commerciaux londoniens. Cette liberté s’entend dans la musique : les arrangements sont inventifs, les solos s’allongent naturellement quand ils en ont besoin, les transitions entre les sections sont fluides plutôt que forcées.
La guitare cosmique de Hillage
Le jeu de guitare de Steve Hillage sur L est une démonstration de ce que l’instrument peut faire quand il est libéré des conventions du rock traditionnel. Hillage utilise le sustain comme dimension mélodique : les notes s’allongent, se transforment, se fondent dans les nappes de synthétiseur que Miquette Giraudy (sa collaboratrice musicale et compagne de vie) apporte à la texture sonore.
L’effet de phaser donne à sa guitare une qualité quasi-orchestrale : les sons semblent tourner dans l’espace sonore, se déplacer d’une oreille à l’autre dans le casque, créer une tridimensionnalité qui est une des expériences d’écoute les plus distinctives de toute la musique progressive de l’époque.
Hurdy Gurdy Glissando et la tradition médiévale revisitée
« Hurdy Gurdy Glissando » est l’une des pièces les plus étranges et les plus mémorables de l’album. Elle intègre des références à la tradition musicale médiévale – l’hurdy gurdy est un instrument à cordes frottées à manivelle d’origine médiévale – dans un contexte rock psychédélique. Ce dialogue entre le très ancien et le très moderne est typique de la scène Canterbury dont Hillage est l’un des représentants les plus inventifs.
La scène Canterbury – du nom de la ville anglaise qui a vu naître les groupes fondateurs Soft Machine, Caravan, Hatfield and the North – est l’aspect le plus expérimental et le plus intellectuellement exigeant du rock progressif britannique. Elle partage avec le jazz une façon d’aborder l’improvisation comme conversation musicale, avec une légèreté qui contraste parfois avec le sérieux pesant de certains groupes prog.
L’héritage et le présent
Steve Hillage va poursuivre sa carrière jusqu’à nos jours, collaborant notamment avec System 7, un projet de musique électronique de dance avec lequel il explore les connexions entre la musique psychédélique de sa jeunesse et la culture rave des années quatre-vingt-dix. L est l’album qui reste le point de référence de sa période la plus créative, la démonstration la plus pure de ce que sa guitare singulière peut accomplir.
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