1971 Album

Camembert électrique

par GONG

4,0
Sortie 1971
Artiste GONG

Gong. Paris, 1971. Daevid Allen, guitariste australien excentrique, poet maudit auto-exilé en France depuis la fin des années 1960, crée avec « Camembert électrique » l’un des documents les plus singuliers et les plus libres de tout le rock européen de cette époque. Fondateur des premiers Soft Machine avec Robert Wyatt, chassé de Grande-Bretagne par les services d’immigration lors d’une tournée de Soft Machine en 1967, Allen s’est installé à Paris où il a réuni autour de lui un collectif de musiciens nomades, poètes et voyageurs qui forment Gong. Ce groupe est une communauté avant d’être un groupe de rock.

Gong occupe une place unique dans la géographie musicale de la scène Canterbury. Né des mêmes eaux que Soft Machine, Caravan et Hatfield and the North, partageant avec ces groupes une sensibilité jazz et une culture de l’improvisation, Gong s’en distingue par son radicalisme psychédélique et sa dimension philosophique explicite. Là où Soft Machine explorait le jazz-rock avec un intellectualisme froid, Gong plongeait dans une cosmologie propre, un univers mythologique construit autour de la planète Gong, des petits hommes verts de l’espace, et d’une radio invisible qui transmet des fréquences de pure conscience.

Daevid Allen joue de la guitare glissante avec un style qui doit autant aux bluesmen du Delta qu’aux experimentateurs électroniques. Ses techniques de glissando et ses sons de guitare traités avec des pédales d’effets créent un son immédiatement reconnaissable, liquide et cosmique à la fois. Il n’est pas un virtuose au sens conventionnel : il est un coloriste, un architecte d’ambiances sonores qui sait créer des espaces dans lesquels les auditeurs peuvent se perdre.

Gilli Smyth, sa partenaire de vie et collaboratrice artistique permanente, pratique ce qu’elle appelle le « space whisper » : un murmure amplifié et traité électroniquement qui flotte au-dessus et en dessous des instruments comme une présence immatérielle. Sa voix n’est pas une voix de chanteuse au sens traditionnel. C’est un instrument de texture, une présence féminine et mystérieuse qui donne à la musique de Gong sa qualité de rêve éveillé. Gilli Smyth a inventé quelque chose de nouveau dans la musique populaire.

Didier Malherbe au saxophone joue avec une liberté free jazz qui élargit les textures harmoniques du groupe. Francis Moze à la basse et Pip Pyle à la batterie constituent la section rythmique qui ancre dans un groove concret les explorations les plus abstraites du reste du groupe. Cet équilibre entre le rythme et l’abstraction est l’une des grandes réussites de la musique de Gong.

Le label Actuel/BYG, basé à Paris, avait été créé pour documenter les avant-gardes musicales, aussi bien le free jazz américain en exil en Europe que les expérimentations rock les plus radicales. « Camembert électrique » trouve sa place naturelle dans ce catalogue où cohabitent Archie Shepp, Don Cherry, Sun Ra, et les expérimentateurs rock les plus courageux de la scène européenne.

Le titre de l’album dit tout sur la sensibilité du groupe : le fromage français le plus humble élevé au rang de symbole cosmique par l’adjectif « électrique ». Cette humour absurde et poétique, cette capacité de trouver le sublime dans le banal, le cosmique dans le quotidien, c’est l’essence même de la vision de Daevid Allen. Gong ne prend rien au sérieux sauf la musique et la liberté.

Cet album est le premier jalon d’une serie de chefs-d’oeuvre qui allait culminer avec la trilogie Radio Gnome Invisible : « Flying Teapot », « Angel’s Egg » et « You ». Mais « Camembert électrique » a déjà tout ce qui rend Gong unique : la liberté absolue, la poésie excentrique, et cette musique qui semble venir d’une autre planète parce qu’elle a été faite par des gens qui ont vraiment décidé de vivre différemment.

Sur X : @gongmusicofficial

La note des passionnés

4,0 /5

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Camembert électrique