A cent lieues du star système, J.J. Cale trace discrètement une route jalonnée d’albums qui sont à chaque fois des sans-fautes absolus. Il traîne ses galères, s’étonne en premier de ses succès… Un bluesman de l’ère électrique, tout en retenue et en nuances.
Tulsa et le son qui ne vieillit pas
Jean-Jacques Cale naît à Oklahoma City en 1938 et grandit à Tulsa, Oklahoma. La scène musicale de Tulsa à la fin des années 50 et au début des années 60 est étonnamment riche, mêlant blues du Delta, country, et rock and roll naissant. C’est dans cet environnement que Cale développe son son caractéristique : un blues léger, paresseux, avec une guitare qui glisse plutôt qu’elle ne frappe.
Sa façon de jouer de la guitare est inimitable : un fingerpicking léger, des ornements subtils, une économie de moyens qui dit beaucoup en peu de notes. Eric Clapton, qui a repris « Cocaine » et « After Midnight » en faisant de Cale un compositeur riche malgré lui, a souvent dit que Cale était l’un des musiciens qu’il admirait le plus pour sa maîtrise de cette économie.
Shades et la discrétion volontaire
« Shades » est construit selon la même formule que tous ses albums précédents : des chansons courtes, des arrangements minimaux, une voix qui semble venir d’une distance confortable, et des guitaristes et bassistes invités qui ont l’intelligence de ne pas en faire trop. C’est une musique qui coule sans forcer, qui s’installe dans une pièce comme la lumière de fin d’après-midi.
« Carry On » et « Livin’ Here Too » sont typiques de ce que Cale fait le mieux : des chansons dont le sujet est ordinaire (continuer, habiter quelque part), racontées avec une économie et une précision qui les rendent universelles. Il n’y a pas de métaphores compliquées, pas de références littéraires, juste la réalité observée avec une acuité particulière.
L’influence sur le rock américain
L’influence de J.J. Cale sur la musique populaire américaine est considérable mais souvent invisible : il a écrit deux des plus grands hits d’Eric Clapton (« After Midnight », « Cocaine »), influencé le son de Mark Knopfler et Dire Straits, et créé le « Tulsa Sound », ce mélange de blues, country et rock qui caractérise toute une tradition musicale de l’Oklahoma.
Cale s’éteint en 2013, laissant une discographie d’une cohérence remarquable. « Shades » en est un maillon parfait : ni meilleur ni moins bon que ses autres albums, juste J.J. Cale au travail, aussi naturellement excellent qu’il l’a toujours été.
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