1979 Album

Replicas

par Gary NUMAN

4,0
Sortie 1979
Artiste Gary NUMAN

Gary Webb, qui allait bientôt choisir le nom de scène Gary Numan, avait formé Tubeway Army à Londres en 1977 dans un contexte punk. Mais ce qui l’intéressait vraiment n’était pas le punk dans sa forme guitare-basse-batterie, mais les synthétiseurs qu’il avait découverts dans les studios qu’il fréquentait et qui lui ouvraient des possibilités sonores que les instruments conventionnels ne lui offraient pas. « Replicas », le second album de Tubeway Army, sorti en mai 1979, est le premier document complet de cette vision synthétique, et il contient « Are ‘Friends’ Electric? », la chanson qui a transformé Gary Numan d’artiste de niche en phénomène de masse britannique.

« Are ‘Friends’ Electric? » est une composition d’une structure dramatique inhabituelle : plus de cinq minutes, une introduction lente et atmosphérique suivie d’une montée qui prend son temps pour arriver à son pic émotionnel. La mélodie de synthétiseur qui ouvre la chanson est immédiatement reconnaissable, une de ces phrases musicales qui restent après une seule écoute. Le texte, qui décrit une relation avec une présence artificielle dans un appartement nocturne, dit l’obsession de Numan pour les questions d’identité, de présence et d’humanité dans un monde de plus en plus médiatisé par les machines.

Gary Numan est l’un des premiers musiciens de rock à avoir mis les synthétiseurs au centre absolu de son son, non pas comme ornements ou couleurs supplémentaires mais comme instruments principaux qui portent mélodie, harmonie et texture. Sur « Replicas », il utilise ses synthétiseurs Minimoog et Polymoog pour créer des paysages sonores d’une cohérence et d’une richesse qui n’avaient pas d’équivalent dans le rock britannique de 1979.

L’esthétique de Numan doit beaucoup à ses lectures de science-fiction, notamment Philip K. Dick, et à son écoute d’Iggy Pop et David Bowie dans leurs périodes berlinoises. Ces influences ont produit quelque chose d’entièrement personnel : une vision de la modernité et de la technologie qui est à la fois fascinée et inquiète, qui voit dans les machines à la fois une libération et une redéfinition de ce qu’est l’humain.

La voix de Numan est un instrument en elle-même, avec cette qualité de froide impassibilité qui contraste avec la richesse émotionnelle des textures sonores autour d’elle. Il chante avec le détachement d’une androïde qui observe les humains de l’extérieur, et cette posture de l’observateur distant est l’une des choses les plus originales de sa personnalité artistique.

Les autres membres de Tubeway Army sur cet album, notamment Paul Gardiner à la basse, apportent une fondation rythmique qui ancre les ambiances synthétiques dans quelque chose de physique et de direct. Sans cette fondation rythmique concrète, les ambiances de Numan risqueraient de flotter sans corps. Avec elle, elles ont une présence et une densité qui les rendent immédiatement physiques à l’écoute.

« Replicas » est sorti au moment parfait pour atteindre son public : 1979, l’année où la new wave britannique cherchait ses propres modèles après le punk, et où les synthétiseurs commençaient à être accessibles à des musiciens qui n’avaient pas les moyens des studios professionnels. Numan a montré qu’on pouvait faire quelque chose d’entièrement nouveau avec ces instruments, et cette démonstration a influencé directement une génération de musiciens qui allaient définir la pop électronique des années quatre-vingt.

L’influence de « Replicas » et de Gary Numan sur la synth-pop et la musique électronique qui ont suivi est immense et universellement reconnue. Des groupes aussi différents que Depeche Mode, Nine Inch Nails et Marilyn Manson ont tous cité Numan comme une influence directe. Cette diversité de l’héritage dit l’originalité d’une vision artistique qui n’appartient à aucune case préexistante.

Gary Numan a continué après « Replicas » et « The Pleasure Principle » à développer une oeuvre qui explore les questions d’identité, de technologie et d’humanité avec une cohérence remarquable. Les albums des années quatre-vingt ont diversifié les influences tout en maintenant la vision centrale de Numan : une musique qui pense la modernité technologique avec une fascination lucide et nuancée. Les groupes industriels des années quatre-vingt-dix, notamment Nine Inch Nails et Ministry, ont explicitement reconnu l’influence de Numan sur leur façon de penser la relation entre la machine et l’humain dans un contexte musical. Cette reconnaissance trans-générationnelle dit l’importance durable d’une oeuvre qui avait vu juste sur des questions que la culture populaire allait mettre des décennies à traiter sérieusement. « Replicas » est le premier document de cette vision, l’album qui a planté les graines de tout ce qui a suivi dans la musique électronique populaire britannique et mondiale.

La façon dont Numan habite sa propre persona d’artiste électronique froid et impassible, tout en maintenant une sincérité artistique évidente dans chaque production, est l’une des réussites les plus durables de la synth-pop britannique. « Replicas » est la première démonstration complète de cette capacité à conjuguer le masque et l’authenticité.

Sa vision de la modernite technologique reste pertinente parce quelle est fondee sur une observation sincere de son epoque plutot que sur une posture calculee.

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