Ogden’s Nut Gone Flake
par The SMALL FACES
Ogden’s Nut Gone Flake, The Small Faces (1968) : Le chef-d’oeuvre rond qui fit danser l’Angleterre
Mai 1968. Les barricades se dressent à Paris, Prague vit ses derniers mois de printemps, et à Londres, quatre petits gars de l’East End sortent l’un des albums les plus impudents, les plus créatifs, les plus anglais jamais enregistrés. Ogden’s Nut Gone Flake est le testament psychédélique des Small Faces, leur troisième et dernier album studio en formation originale, le seul album de leur carrière à être arrivé numéro un au Royaume-Uni, où il est resté pendant six semaines. C’est aussi l’un des rares disques de l’histoire du rock à avoir inventé son propre objet : la pochette ronde, à l’image d’une boîte de tabac à priser, reproduisant parfaitement le packaging d’une marque victorienne.
Le groupe, Steve Marriott à la guitare et au chant, Ronnie Lane à la basse et au chant, Kenney Jones à la batterie et Ian McLagan aux claviers, est au faîte de sa puissance créative. Marriott est l’un des meilleurs chanteurs de soul blancs de sa génération, une voix brûlante capable de passer de la douceur au cri en une fraction de seconde. Lane est son parfait contrepoint, doux et mélancolique là où Marriott est flamboyant. Ensemble, ils forment l’un des tandem d’auteurs-compositeurs les plus doués du rock britannique de l’ère psychédélique.
L’album est divisé en deux faces très différentes. La face A regroupe des chansons pop et soul psychédéliques, dont Lazy Sunday, leur plus grand hit au Royaume-Uni, et Afterglow (Of Your Love), une ballade soul déchirante. La face B est une suite conceptuelle narrée par le comédien Stanley Unwin dans son dialecte inventé et absurde, le « Unwinese », racontant les aventures de Happiness Stan, un personnage en quête de la lune pleine. Ce mariage entre comédie music-hall et rock psychédélique est typiquement anglais, typiquement sixties.
La production, assurée par le groupe lui-même avec l’aide d’Andrew Loog Oldham et de Mac et Mort Shuman, est inventive et généreuse. Chaque morceau est une mini-aventure sonore, pleine de détails cachés, de couches instrumentales inattendues, d’arrangements qui surprennent à chaque écoute. Les Small Faces ont clairement bénéficié des possibilités nouvelles offertes par le studio d’enregistrement moderne, et ils en ont profité avec une intelligence et une fantaisie remarquables.
L’héritage d’Ogden’s Nut Gone Flake est immense et souvent sous-estimé. Cet album a prouvé que le rock britannique pouvait être à la fois populaire et avant-gardiste, ancré dans la tradition music-hall nationale et ouvert aux expériences les plus contemporaines. Il a influencé des générations de groupes anglais, de Blur à Oasis en passant par Paul Weller, qui tous reconnaissent dans les Small Faces les véritables inventeurs du son brit-pop. Redécouvert à chaque décennie par une nouvelle génération, il demeure l’un des sommets absolus du rock britannique des sixties.
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