Sortie 1970

Brownsville Station vient d’Ann Arbor, Michigan , la même ville qui a produit les Stooges d’Iggy Pop et MC5, deux des groupes les plus radicaux du rock américain de la fin des années soixante. Dans ce contexte de radicalisme musical et politique, Brownsville Station choisit une voie plus directe et moins intellectuelle : le rock and roll pur et dur, hommage aux racines cinquante du genre, joué avec une énergie et une conviction qui n’ont rien à envier aux prétentions underground de leurs voisins.

Cub Koda, chanteur et guitariste du groupe, est un encyclopédiste du rock and roll américain , ses connaissances de Chuck Berry, Eddie Cochran, Little Richard et de leurs contemporains se traduisent dans un jeu et une façon d’écrire des chansons qui appartiennent à cette tradition sans la singer servilement. Koda sera plus tard auteur et journaliste musical, spécialiste reconnu de l’histoire du rock, mais en 1970 il est d’abord et avant tout un rockeur.

No BS , le titre est explicite , est leur deuxième album, enregistré pour Public Records dans un esprit de franchise et de direct qu’indique déjà le nom. Pas de prétentions progressives, pas de concept, pas d’effets de production sophistiqués : trois garçons qui jouent du rock and roll comme si c’était la chose la plus urgente du monde.

« Smokin’ in the Boys Room » n’est pas encore sur cet album , ce sera leur grand hit de 1973, qu’on associe spontanément au groupe. Mais l’énergie et l’esprit de cette chanson-là sont déjà présents sur No BS : un rock de teenage rebellion, de cigarettes cachées, d’école buissonnière, d’adolescence rebelle dans les suburbs du Michigan.

La section rythmique , Tony Driggins à la batterie, Mike Lutz à la basse , joue avec la précision d’un groupe qui a joué des centaines de concerts avant d’entrer en studio. Brownsville Station était un groupe de scène avant d’être un groupe de studio, et ça s’entend dans la façon dont les morceaux de No BS sont construits pour être joués live plutôt qu’optimisés pour la radio.

Le rock de Brownsville Station est un antidote au progressif de l’époque. En 1970, quand Led Zeppelin et Yes repoussaient les limites de la complexité musicale dans le rock, un groupe du Michigan rappelait qu’une guitare, une basse, une batterie et une chanson de trois minutes pouvaient encore faire exactement ce qu’on voulait qu’ils fassent : vous faire bouger et vous donner envie de crier les paroles.

Cub Koda mourra en 2000, d’une insuffisance rénale, à 51 ans. Ses chroniques pour la presse musicale américaine , notamment pour AllMusic , sont des documents précieux sur l’histoire du rock and roll primitif et ses dérivés. Il écrivait sur la musique comme quelqu’un qui l’aimait au-delà de toute considération professionnelle ou critique, avec une chaleur et une érudition que peu de journalistes musicaux ont su combiner.

Sur X : @brownsvillestation

Brownsville Station est un de ces groupes qu’on ne connaît que si on s’intéresse à l’histoire du rock américain des années soixante-dix avec une curiosité qui dépasse les noms les plus évidents. Pour ceux qui ont cette curiosité, No BS est une surprise agréable , un album honnête, bien joué, musicalement sincère dans un genre (le rock and roll pur) dont beaucoup proclamaient prématurément la mort.

Le Michigan des années soixante-dix était un terreau particulièrement fertile pour ce genre de rock , une tradition ouvrière, une économie de l’industrie automobile, un rapport direct et non intellectualisé à la culture populaire. Brownsville Station appartient à ce terreau et le représente fidèlement.

Ann Arbor était en 1970 une ville universitaire de culture rock active , l’University of Michigan attirait des étudiants de tout le pays et créait un public jeune et ouvert à la nouveauté musicale. Les groupes locaux bénéficiaient de cette atmosphère. MC5 et Stooges avaient défriché le terrain pour une scène où des groupes comme Brownsville Station pouvaient se développer.

La carrière de Brownsville Station est une trajectoire typique des groupes de rock américains de cette époque : découverte locale, contrat major, quelques albums, un hit (« Smokin’ in the Boys Room » en 1973), puis la dissolution et le retour à des circuits plus modestes. Cette trajectoire en cloche , ascension rapide, apogée bref, descente progressive , est l’histoire de la plupart des groupes de rock qui ont fait les années soixante-dix américaines.

Le rock de Brownsville Station appartient à une tradition longue et souvent ignorée : le rock and roll blanc américain qui refuse de se sophistiquer, qui reste dans son terrier de garage et de salle de concert locale, qui ne cherche pas la reconnaissance critique mais la connexion directe avec son public. Cette tradition a ses héros méconnus , Brownsville Station, Mitch Ryder, Wanda Jackson , et ses grands succès commerciaux , Bruce Springsteen, qui partageait ces racines mais avait le talent de les transcender en quelque chose d’universel.

« Smokin’ in the Boys Room » deviendra leur chanson la plus connue et sera reprise par Mötley Crüe en 1985 , une version hard metal qui propulsera la chanson dans les charts américains et réintroduira Brownsville Station à un public qui n’était pas encore né lors de la sortie de No BS. Cette reprise illustre la longévité des bonnes chansons de rock , leur capacité à traverser les décennies et les sous-genres.

Le rock and roll « pur » de Brownsville Station rappelle une vérité simple souvent oubliée dans les discussions sur l’histoire musicale : les genres sophistiqués et les formules complexes ont leur valeur, mais la simplicité d’une guitare électrique, d’une basse et d’une batterie jouées avec conviction reste l’une des expériences musicales les plus directes et les plus satisfaisantes qui soient.

— Discographie —

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