Sortie 1971

Mick Abrahams. Angleterre, 1971. L’homme qui aurait pu etre l’un des guitaristes les plus celebres du rock britannique a choisi une autre route. Guitariste fondateur de Jethro Tull, il avait participe a l’enregistrement du premier album du groupe « This Was » en 1968 avant de quitter la formation sur des divergences musicales avec Ian Anderson. Apres avoir fonde Blodwyn Pig et enregistre deux albums acclamés, il prend enfin son envol en solitaire avec cet album qui porte son nom. C’est un document rare sur un musicien de grande classe qui n’a jamais voulu etre une vedette.

Mick Abrahams est ne en 1943 a Luton, dans le Bedfordshire. Comme beaucoup de guitaristes britanniques de sa generation, il a ete forme par le blues americain qu’il a decouvert a travers les disques importes dans les boutiques specialisees de Londres. B.B. King, Freddie King, Albert King : les trois Kings du blues ont constitue sa premiere universite musicale. Il a appris a jouer en imitant leurs phrases, en copiant leurs inflexions, en comprenant progressivement la logique emotionnelle qui sous-tend leur jeu.

Sa rencontre avec Ian Anderson, flutiste et compositeur aux idees musicales tres personnelles, a produit « This Was », l’un des albums de blues-rock les plus originaux de 1968. Abrahams apportait le blues ancre dans la tradition, Anderson apportait le jazz, la musique modale, une voix et une flute inimitables. La combinaison etait fertile mais breve. Anderson voulait aller vers la musique folk medievale et les structures complexes. Abrahams voulait rester proche du blues direct. Il n’y avait pas de terrain d’entente durable.

Blodwyn Pig, forme en 1969 avec Jack Lancaster au saxophone et a la flute, a ete une aventure productive. Les deux albums, « Ahead Rings Out » et « Getting to This », ont confirme la stature d’Abrahams comme guitariste de premier plan dans la scene blues-rock britannique. Mais le groupe s’est lui aussi separe, laissant Abrahams a nouveau libre de poursuivre sa propre vision.

Ce premier album solo est l’occasion de jouer exactement la musique qu’il veut jouer, sans compromis ni concessions artistiques. Et cette musique est le blues rock dans sa forme la plus pure et la plus directe. Pas de concepts complexes. Pas de concept album. Juste un guitariste qui aime le blues et qui le joue avec toute sa maitrise et toute sa conviction.

Son jeu de guitare sur cet album est une demonstration magistrale de la facon dont un musicien forme dans la tradition peut la faire siennes en y ajoutant sa propre voix. Abrahams joue du blues avec un accent britannique, cette tournure particuliere que les guitaristes anglais de sa generation ont developpee en absorbant le blues americain et en le filtrant a travers leur propre sensibilite. Ce n’est pas de la copie. C’est une appropriation creative qui produit quelque chose de distinct et de reconnaissable.

Les musiciens qui l’accompagnent sur cet album sont des professionnels de la scene britannique bien au fait des subtilites du genre. La section rythmique est solide et communicative, capable de suivre les improvisations d’Abrahams dans leurs developpements les plus imprevus. Les arrangements sont simples et efficaces, laisssant toujours la guitare au centre sans jamais l’etouffer.

Chrysalis Records, label fonde par Terry Ellis et Chris Wright qui distribuait aussi Jethro Tull, etait un foyer naturel pour Abrahams. Les responsables du label comprenaient ce genre de musique, savaient quel public il cherchait a toucher, et lui donnaient les moyens de le toucher sans interference excessive dans le processus artistique.

Cet album solo est reste relativement confidentiel, toucher par le public fidele du blues rock britannique sans jamais atteindre la notoriete que le talent d’Abrahams aurait pu generer dans un contexte marketing plus agressif. Mais Abrahams n’a jamais cherche la gloire a tout prix. Il a cherche a bien jouer, a rester fidele au blues qui l’avait forme, a partager cette musique avec les gens qui l’aimaient. Dans cette ambition modeste et sincere reside toute sa grandeur.

Sur X : @mickabrahams

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