Deuxième album, deuxième réussite… les guitaristes sont excellents, le chanteur (ex-cuisinier-roadie du groupe !) aussi. L’album se termine avec une reprise décoiffante en live du « Search and Destroy » des Stooges. Un groupe proto-punk avec un sens de l’humour rare dans ce milieu.
Le Bronx et la politique du fun
Les Dictators viennent du Bronx, New York. Andy Shernoff, le bassiste et compositeur principal, Handsome Dick Manitoba (né Richard Blum), le chanteur aux proportions généreuses et à l’ego proportionnel, Ross « the Boss » Funicello à la guitare, et Scott « Top Ten » Kempner à la guitare et aux claviers : quatre New-Yorkais qui ont compris quelque chose que leurs contemporains punk vont mettre du temps à saisir.
La leçon des Dictators, c’est que le rock’n’roll peut être à la fois agressif et drôle, provocateur et conscient de sa propre absurdité. Leur premier album, « Go Girl Crazy! » (1975), est souvent considéré comme l’un des premiers albums proto-punk américains, deux ans avant que le terme « punk » soit utilisé par tout le monde. Il mêle le hard rock à l’humour, les riffs heavy à des textes sur le fast food, la télévision et l’ennui des banlieues.
Harder and Faster et la vitesse comme art
« Manifest Destiny » est leur deuxième album, plus affûté que le premier, avec une production de Sandy Pearlman (qui produit aussi Blue Öyster Cult) qui donne aux guitares de Ross « the Boss » un son massif et précis. « Harder and Faster » est une déclaration de principes : le rock doit être plus fort et plus rapide que la veille. « Sleepin’ with the T.V. On » est une comédie de moeurs sur l’Amérique des années 70 et son rapport à la télévision.
Handsome Dick Manitoba chante avec une assurance désinvolte qui est sa marque de fabrique. Il n’est pas venu à la musique par une vocation précoce : il était cuisinier et roadie du groupe avant de devenir leur chanteur, quand ils ont réalisé qu’il avait une présence scénique et une voix suffisamment distinctives. Cette origine improbable est typique des Dictators : les règles normales de l’industrie musicale ne s’appliquent pas à eux.

Search and Destroy et l’hommage à Iggy
L’album se termine avec une reprise live de « Search and Destroy » des Stooges. Ce choix est un geste d’allégeance explicite : les Dictators reconnaissent en Iggy Pop et dans les Stooges leurs ancêtres directs. La version live qu’ils en donnent est dévastatrice, plus rapide et plus bruyante que l’original, mais avec le même abandon total qui est la signature des Stooges.
Les Dictators n’ont jamais été un groupe populaire au sens commercial du terme, mais leur influence s’étend loin. Marky Ramone a déclaré qu’ils ont inspiré les Ramones. Joey Ramone fréquentait les mêmes clubs new-yorkais. Ross « the Boss » rejindra plus tard Manowar, le groupe de heavy metal. Andy Shernoff continuera d’écrire des chansons qui méritent toujours d’être entendues. « Manifest Destiny » est leur testament punk le plus complet, un album qui prend la musique au sérieux en se prenant jamais lui-même trop au sérieux.
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