En 1979, les Scorpions publient « Lovedrive », l’album qui marque leur entrée définitive dans la cour des grandes formations de hard rock international. Formé à Hanovre en Allemagne par Rudolf Schenker au début des années soixante-dix, le groupe avait produit plusieurs albums qui avaient établi une réputation solide en Europe mais qui n’avaient pas encore atteint le niveau d’accomplissement musical que « Lovedrive » représente. L’arrivée de Matthias Jabs à la guitare principale, en remplacement d’Uli Jon Roth, apporte au groupe une direction musicale plus directe et plus commerciale qui va s’avérer la clé de leur expansion mondiale dans les années quatre-vingt.
Matthias Jabs est un guitariste d’une technique et d’une fluidité remarquables, et sa façon de jouer est immédiatement identifiable. Là où Uli Jon Roth avait une approche plus classique et plus expérimentale, Jabs joue avec une directivité et une efficacité qui servent parfaitement les ambitions hard rock du groupe. Ses solos sur « Lovedrive » sont des exemples de ce que le genre peut produire de plus satisfaisant : rapides, mélodiques, bien construits, et toujours au service de la chanson plutôt que de la démonstration personnelle.
Rudolf Schenker à la guitare rythmique est l’architecte du son du groupe depuis les origines. Sa façon de construire des riffs solides et mémorables, qui portent la chanson tout en laissant de l’espace pour le jeu de Jabs, est l’un des fondements du son Scorpions. Sur « Lovedrive », il joue avec la confiance d’un musicien qui a trouvé son langage et qui l’exprime avec la précision et la conviction de quelqu’un qui sait exactement où il va.
Klaus Meine au chant est l’une des voix les plus reconnaissables du hard rock européen. Sa voix, capable de monter dans des aigus cristallins tout en maintenant une chaleur et une musicalité qui différencient les Scorpions du heavy metal plus brutal de la période, est l’élément qui donne au groupe son caractère mélodique particulier. Sur « Lovedrive », il chante avec une confiance et une aisance qui disent un chanteur complètement à l’aise dans son registre.
« Always Somewhere » est la ballade la plus réussie de l’album, une chanson qui montre que les Scorpions pouvaient produire de la douceur et de la mélancolie avec autant de conviction que de la puissance et de l’énergie. La mélodie est d’une beauté simple et directe, et Meine la chante avec une émotion qui touche sans forcer. Cette capacité à passer du hard rock le plus direct aux ballades les plus délicates est l’une des caractéristiques les plus précieuses du groupe.
« Lovedrive » et « Coast to Coast » montrent les Scorpions dans leur registre le plus énergique, avec des riffs puissants et des solos élaborés qui font que les morceaux les plus rapides de l’album donnent envie de bouger physiquement. Cette capacité à créer du mouvement corporel est l’une des qualités premières du hard rock de qualité, et les Scorpions l’ont toujours possédée.
La section rythmique de Francis Buchholz à la basse et Herman Rarebell à la batterie est d’une solidité et d’une précision qui fournissent la fondation dont le groupe a besoin pour construire ses arrangements de guitare élaborés. Rarebell en particulier, qui avait rejoint le groupe peu de temps avant cet album, apporte une énergie et une polyvalence qui enrichissent la palette rythmique du groupe.
La production de Dieter Dierks, qui allait travailler avec les Scorpions pendant toute leur période la plus prolifique, capture l’album avec une puissance et une clarté qui permettent à chaque instrument de sonner dans son espace propre. C’est une production de hard rock exemplaire : elle sert la musique sans l’écraser sous un excès de sophistication technique.
« Lovedrive » est l’album qui a ouvert la voie au succès mondial des Scorpions dans les années quatre-vingt, avec « Animal Magnetism », « Blackout » et « Love at First Sting ». Il dit qu’un groupe de hard rock allemand pouvait rivaliser avec les meilleures formations britanniques et américaines du genre, et que l’excellence musicale ne connaît pas de frontières nationales.
Les Scorpions ont continué après « Lovedrive » à construire une carrière internationale qui les a conduits au statut de groupe de hard rock le plus reconnu d’Allemagne et l’un des plus importants du monde. « Animal Magnetism » en 1980, « Blackout » en 1982 et « Love at First Sting » en 1984 ont chacun confirmé et élargi leur audience mondiale. La chanson « Wind of Change », sortie en 1990 et inspirée par les transformations politiques en Europe de l’Est, a touché un public encore plus large et est devenue l’une des chansons les plus emblématiques de la fin du vingtième siècle. Cette capacité à parler à des moments historiques importants avec des mélodies simples et émotionnellement directes est une qualité rare que le groupe a maintenue tout au long de sa carrière. « Lovedrive » est l’album qui établit les fondations de tout ce qui a suivi en montrant pour la première fois avec une clarté absolue ce que les Scorpions pouvaient accomplir quand leur formation, leur son et leur vision artistique étaient parfaitement alignés.
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