Radar Love et la route sans fin
1973. Golden Earring, groupe rock néerlandais fondé à La Haye en 1961, publie Moontan et signe avec Radar Love l’un des grands riffs de la décennie. La chanson dure plus de six minutes dans sa version album : une introduction de batterie de Cesar Zuiderwijk qui s’installe avec une puissance hypnotique, une basse de Rinus Gerritsen qui pose le rythme, et enfin la guitare de George Kooymans qui entre avec ce riff en mi, simple et irrésistible, avant que Barry Hay ne commence à chanter cette histoire de conducteur solitaire sur une route de nuit qui reçoit les pensées de son amoureuse par télépathie.
Ce qui fait de Radar Love une chanson durable, c’est l’adéquation parfaite entre la forme et le contenu. La chanson parle d’un trajet nocturne, d’un homme au volant dans l’obscurité, et sa musique reproduit exactement cette sensation : le démarrage progressif, l’accélération, le maintien d’une vitesse de croisière, les changements de régime. C’est une chanson qui donne envie de conduire vite sur une route déserte à deux heures du matin, et c’est exactement l’effet qu’elle a produit sur des millions d’auditeurs depuis 1973.
Barry Hay chante avec une voix versatile qui peut passer du doux au tendu sans effort apparent. Sa façon de mettre en valeur les syllabes clés de la chanson, cette façon qu’il a de lever la voix sur « my baby is calling, I hear it calling » crée une urgence qui correspond parfaitement à l’état émotionnel du personnage : il est seul sur la route mais relié à quelqu’un d’autre par une connexion invisible.
Un groupe européen dans un monde dominé par les Anglais et les Américains
Golden Earring a une particularité dans l’histoire du rock : c’est un groupe néerlandais qui a réussi à s’imposer sur les marchés anglais et américain avec un son anglophone sans accent, sans concession et sans exotisme. Ils ne vendaient pas leur néerlandité. Ils faisaient du rock, simplement, avec la compétence et l’assurance de musiciens qui avaient joué ensemble depuis plus d’une décennie.
Barry Hay était né à Fathepur, en Inde, d’un père néerlandais et d’une mère indienne. George Kooymans et Rinus Gerritsen étaient des amis d’enfance de La Haye qui avaient fondé le groupe sous des noms successifs avant d’arrêter sur Golden Earring. Cesar Zuiderwijk avait rejoint la formation plus tard. Ensemble, ils avaient traversé les années 1960 dans l’anonymat relatif des marchés européens continentaux, enregistrant en néerlandais, en anglais, explorant différents styles.
Moontan est l’album qui change tout. Il les installe dans un son rock dur et mélodique qui est parfaitement calibré pour les grandes émissions de radio FM américaines qui définissaient à cette époque les codes du succès rock. Radar Love tourne en boucle sur ces stations, grimpe dans les charts, et fait de Golden Earring une réalité commerciale sur le marché le plus compétitif du monde.
La durabilité d’une idée simple
L’autre force de Moontan est sa capacité à exister au-delà de son single phare. L’album contient d’autres titres rock solides qui montrent l’étendue musicale du groupe. Mais c’est bien sûr Radar Love qui a traversé le temps. Elle a été reprise des centaines de fois, utilisée dans des films et des séries télévisées, citée comme influence par des générations de guitaristes. Elle est entrée dans ce panthéon des riffs rock immédiatement reconnaissables qui constituent le fond commun de la culture rock mondiale.
Golden Earring continuera à exister et à enregistrer pendant encore des décennies, avec des succès occasionnels mais sans jamais retrouver l’impact commercial de ce moment précis de 1973. Le groupe restera actif jusqu’aux années 2020, George Kooymans continuant à porter la flamme. Moontan reste leur monument : l’album d’un groupe qui, pendant quelques mois, a écrit l’un des riffs les plus parfaits de l’histoire du rock.
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