1970 Album

In & Out of Focus

par FOCUS

4,0
Sortie 1970
Artiste FOCUS

Les Pays-Bas ont produit, contre toute attente, l’un des groupes de rock progressif les plus originaux de l’histoire du genre. Focus, formé à Amsterdam en 1969, mélange rock, jazz et musique classique d’une façon qui n’appartient qu’à eux , avec pour particularité le yodle de leur chanteur-flutiste Thijs van Leer, qui deviendra la marque sonore la plus immédiatement reconnaissable du groupe. In & Out of Focus, leur premier album sorti en 1970, annonce cette originalité avec une clarté parfaite.

Thijs van Leer est le coeur musical de Focus , claviériste de formation classique, flutiste d’une virtuosité éblouissante, et chanteur qui utilise sa voix d’une façon pour le moins inhabituelle. Son yodle , technique de chant tyrolien empruntée à une tradition alpine très éloignée du rock , est à la fois absurde et magnifique dans ce contexte. La première fois qu’on l’entend, on ne sait pas si c’est du génie ou de la folie. La deuxième fois, on est convaincu que c’est les deux.

Jan Akkerman, le guitariste, est l’autre grande force du groupe. Son jeu combine la précision technique de la musique classique , il a étudié le luth , avec la puissance et la liberté du rock. Sa façon de construire les solos de guitare, ses lignes mélodiques élaborées, son sens de la dynamique , tout cela le place parmi les meilleurs guitaristes du rock progressif.

« House of the King » est le morceau qui fera la réputation de Focus en Grande-Bretagne , une chanson douce et mélancolique portée par la flûte de van Leer et la guitare acoustique d’Akkerman, d’une beauté simple qui contraste avec la complexité du reste de leur répertoire. Cette chanson sera utilisée comme générique d’une émission télévisée britannique, lui assurant une visibilité qui dépassera le circuit progressif habituel.

La section rythmique , Bert Ruiter à la basse et Hans Cleuver à la batterie , est d’une précision et d’une endurance qui permettent à van Leer et Akkerman de s’aventurer dans des improvisations longues sans perdre la structure rythmique. Sur les morceaux les plus ambitieux de l’album, cette solidité rythmique est indispensable.

L’album alterne entre moments de rock progressif complex et moments de jazz acoustique léger , une alternance qui crée une variété dynamique inhabituelle dans le genre. Van Leer est aussi à l’aise dans un jazz de chambre délicat que dans une épopée rock de plusieurs minutes, et cette polyvalence est une des forces du premier album de Focus.

Focus aura son plus grand succès commercial avec « Hocus Pocus » en 1971 , une chanson qui combine tout ce qu’ils font : rock puissant, yodle insensé, solo de guitare virtuose d’Akkerman, changements de tempo inattendus. Ce single entrera dans les charts européens et américains, faisant de Focus un groupe internationalement reconnu.

Sur X : @focusband

Le progressif néerlandais , Focus étant son représentant le plus illustre , a une personnalité propre distincte du progressif britannique de Genesis et Yes, du progressif allemand de Can et Faust, du progressif italien de PFM et Banco. Cette personnalité propre, qui mélange la rigueur classique avec une légèreté ironique et un amour du spectacle vocal insolite, est déjà pleinement présente sur ce premier album.

In & Out of Focus est le commencement d’une des aventures les plus originales du rock progressif , un groupe qui a refusé de ressembler à quoi que ce soit d’autre, qui a joué le yodle dans des salles de hard rock et la flûte traversière dans des contextes de jazz rock, et qui a réussi à convaincre que tout ça formait un ensemble cohérent et magnifique.

Le yodle de Thijs van Leer mérite une attention particulière comme innovation musicale. Dans la tradition tyrolienne dont il est issu, le yodle est une technique de chant à base de passages rapides entre registre de poitrine et registre de tête , une façon de projeter la voix dans les montagnes qui remonte à des siècles. Van Leer a transposé cette technique dans un contexte de rock progressif avec un sens absurde et magnifique du décalage.

La formation classique de van Leer , il a étudié au Conservatoire d’Amsterdam , lui donne une maîtrise harmonique qui se retrouve dans ses arrangements de claviers. Sa façon d’harmoniser des mélodies qui semblent simples en surface mais révèlent des sous-couches harmoniques complexes à l’analyse est une des marques de son style unique.

Jan Akkerman a une histoire de guitariste qui anticipe de plusieurs années les modes de jeu qui deviendront populaires dans le hard rock et le heavy metal. Son utilisation du luth baroque comme instrument parallèle à la guitare électrique crée une dualité sonore , la chaleur boisée du luth, la puissance électrique de la Gibson , qui lui permet d’habiter des mondes musicaux très différents dans le même album.

Bert Ruiter, le bassiste, est l’un des liant musicaux essentiels du groupe. Ses lignes de basse sont à mi-chemin entre le jazz , avec ses lignes chromatiques élaborées , et le rock , avec son ancrage rythmique solide. Cette hybridation correspond exactement à la vision musicale de Focus dans son ensemble.

Focus aura une longue vie , le groupe se reformera plusieurs fois au cours des décennies suivantes, avec des formations variables mais toujours autour de van Leer. La qualité de leurs reformations sera variable, mais la musique du début des années soixante-dix, et particulièrement cet album de debut, gardera toujours sa fraîcheur et son originalité.

Le groupe prendra le nom de « Focus » avec une signification multiple , la focalisation visuelle, la concentración musicale, et peut-être aussi le foyer (dans le sens latin du terme, le point central). Ces significations multiples correspondent à la musique du groupe : une concentration intense sur des idées musicales développées avec précision, un point de rencontre entre traditions très différentes qui trouvent dans ce groupe un foyer commun.

La singularite de Focus dans le paysage du rock progressif europeen tenait aussi a leur approche du concert. Ils etaient un groupe de scene formidable qui savait construire une performance autour de l’alternance entre passages tres techniques et moments d’une melodie pure et simple. Cette dialectique entre complexite et accessibilite etait au coeur de leur identite artistique, et elle explique en grande partie leur succes commercial ulterieur malgre un profil initialement confidential.

Thijs van Leer avait commence a apprendre la flute classique tres jeune, et cette formation avait laisse des traces permanentes dans sa façon de penser la melodie. La flute dans le rock est souvent un ornement, un effet couleur. Chez Focus, elle etait un instrument melodique a part entiere, capable de porter des themes principaux avec autant d’autorite qu’une guitare electrique. House of the King, la chanson d’ouverture de l’album, en est la preuve irrefutable : cette melodie de flute aurait pu etre ecrite par un compositeur baroque et elle sonne pourtant immediatement comme du rock progressif des annees 70.

Jan Akkerman, qui allait rejoindre le groupe pour Moving Waves et transformer completement son son, apportait avec lui une formation de guitariste jazz qui allait se reveler indispensable pour completer la vision musicale de van Leer. Les deux musiciens avaient des approches suffisamment differentes pour creer une tension productive : van Leer pensait horizontalement, en termes de contrepoint et de progressions harmoniques elaborees ; Akkerman pensait verticalement, en termes d’improvisation et de dialogue. Cette complementarite etait la formule secrete du Focus classique.

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