If You Love These Blues, Play ‘Em As You Please
If You Love These Blues, Play ‘Em As You Please, Michael BLOOMFIELD (1976) : la bible des styles
Michael Bloomfield est l’un des guitaristes les plus importants de l’histoire du rock américain, et l’un des moins connus du grand public aujourd’hui. Ce fils de restaurateur de Chicago, né en 1943, a joué sur les sessions de Highway 61 Revisited de Bob Dylan en 1965 (c’est sa guitare qu’on entend sur « Like a Rolling Stone »), a co-fondé l’Electric Flag, a joué avec Al Kooper sur Super Session. C’est l’un des guitaristes de blues et de rock les plus respectés par ses pairs des années soixante et soixante-dix. If You Love These Blues, Play ‘Em As You Please, sorti en 1976 chez Guitar Player Records, est un album-testament sur l’histoire et les styles du blues américain.
Un voyage à travers les styles
L’album est conçu comme un guide illustré à travers les différents styles du blues américain. Chaque titre représente une géographie ou une époque particulière : le blues du Delta du Mississippi, le blues électrique de Chicago, le Texas blues, le blues urbain, le boogie blues. Ce n’est pas un simple album de reprises. C’est une démonstration analytique de ce qui distingue chaque tradition, comment les styles évoluent en fonction de l’environnement culturel et géographique qui les produit.
Bloomfield a l’avantage, sur cette entreprise d’enseignement musical, d’être un guitariste capable d’incarner ces différents styles avec une authenticité remarquable. Il ne les imite pas. Il les joue de l’intérieur, parce qu’il les a tous étudiés et pratiqués depuis l’enfance. C’est la différence entre un musicien qui connaît les styles et un musicien qui les a intériorisés.
La connexion Chicago
Bloomfield a grandi à Chicago dans les années cinquante, dans une famille aisée qui habitait à quelques kilomètres des clubs du South Side où jouaient Muddy Waters, Howlin’ Wolf et Little Walter. Il a passé ses adolescence à traîner dans ces clubs, à apprendre la guitare auprès de ces maîtres, à absorber une tradition musicale qui n’était pas la sienne par naissance mais qu’il a choisie avec une conviction totale.
Cette immersion directe dans le blues de Chicago lui donne une légitimité que peu de guitaristes blancs de sa génération peuvent revendiquer. Muddy Waters lui-même l’a reconnu comme un vrai bluesman, ce qui est le compliment le plus difficile à obtenir dans ce milieu.
Le jeu délicat de Bloomfield
La technique de Bloomfield à la guitare est remarquable par sa précision et son expressivité. Il ne joue jamais fort pour jouer fort. Chaque note est choisie, chaque phrasing est calculé pour produire l’effet émotionnel précis qu’il recherche. Il y a dans son jeu quelque chose de très conscient qui ne l’empêche pas d’être profondément émotionnel – paradoxe qui est la marque de tous les grands instrumentistes.
Sur cet album, sa guitare voyage avec une aisance remarquable entre les styles. On l’entend passer du picking délicat du blues acoustique du Delta à la puissance électrique du Chicago blues sans jamais sembler forcer. C’est un musicien qui se sent à l’aise partout dans ce territoire qu’il a exploré toute sa vie.
L’héritage et la reconnaissance tardive
Michael Bloomfield est mort en 1981 à trente-sept ans, trop jeune pour voir la pleine reconnaissance de son influence. Mais des guitaristes comme Carlos Santana, Duane Allman et des générations entières de musiciens de blues-rock ont reconnu leur dette envers lui. If You Love These Blues est un album qui mérite d’être découvert par quiconque s’intéresse sérieusement à l’histoire du blues et à son influence sur le rock américain.
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