1968 Album

I Stand Alone

par Al KOOPER

4,0
Sortie 1968
Artiste Al KOOPER

I Stand Alone, Al KOOPER (1968) : l’homme-orchestre solo face à l’Amérique

En 1968, Al Kooper est déjà une légende sans le savoir, ou plutôt une légende que tout le monde connaît sans savoir son nom. Il est l’homme qui s’est assis à l’orgue lors de la session « Like a Rolling Stone » de Bob Dylan en juin 1965, qui a improvisé ce riff de Hammond B-3 qui s’est gravé dans l’histoire du rock pour l’éternité, sans même savoir vraiment jouer de l’instrument. Il est l’homme qui a fondé Blood, Sweat and Tears en 1967, révolutionné la pop en mélangeant rock, jazz et cuivres avant de claquer la porte pour divergences créatives. Il est le producteur qui a mis sur pied l’album Super Session avec Mike Bloomfield et Stephen Stills, autre monument de 1968. Et maintenant, il se retrouve seul. Seul face au micro, seul face à l’Amérique, seul pour dire ce qu’il a sur le coeur. I Stand Alone, son premier album solo enregistré en 1968 et publié début 1969, est le portrait d’un homme extraordinaire à la croisée des chemins.

Al Kooper I Stand Alone album cover 1968

Le couteau suisse du rock américain s’offre un solo

Pour comprendre I Stand Alone, il faut comprendre qui est Al Kooper en 1968. Né Alan Peter Kuperschmidt le 5 février 1944 à New York, il joue de la guitare professionnellement depuis l’adolescence, a connu son premier succès dans les Royal Teens à seize ans sur « Short Shorts ». Mais sa vraie vocation est celle du catalyseur, de l’homme qui fait briller les autres. Sa présence sur « Like a Rolling Stone » est emblématique de sa personnalité : il s’invite à la session, Dylan hésite, le producteur Tom Wilson monte finalement l’orgue dans le mix, et l’histoire du rock a un son de plus pour toujours. Kooper a aussi joué le French horn et le piano sur « You Can’t Always Get What You Want » des Rolling Stones. Il est partout, comme une signature musicale invisible.

I Stand Alone est donc l’heure de vérité : est-ce qu’Al Kooper existe sans les autres ? La réponse est oui, et c’est un oui magnifique et brouillon, à l’image de l’homme. L’album est enregistré à Nashville, à New York et partiellement à Los Angeles avec l’orchestre de Don Ellis. C’est un mélange éclectique de country, de soul, de blues et de rock avec une dose de psychédélie qui traverse tout ça comme un fil électrique. Il reprend Bill Monroe, Harry Nilsson et Traffic dans la même session, ce qui donne une idée de l’étendue de ses goûts. Ses propres compositions côtoient ces reprises audacieuses avec une naturelle désinvolture. Des musiciens de Nashville côtoient les arrangements orchestraux les plus ambitieux. C’est le bordel organisé d’un génie qui se cherche et qui, dans cette recherche même, trouve quelque chose d’authentique.

La chanson « Overture » ouvre l’album avec une ambition presque cinématographique. « Sometime in Winter » est une ballade qui révèle un Kooper sensible que l’agitation de Super Session laissait peu entrevoir. « I Stand Alone » le titre est un blues déclaratoire qui fonctionne comme un manifeste. Et tout au long du disque, cette voix particulière de Kooper, ni grande voix ni petite voix, une voix d’honnête homme du rock qui dit ce qu’il ressent sans chercher à se transformer en star.

« Al Kooper is one of the great unsung heroes of rock and roll, a man who helped create some of the greatest recordings of the 1960s. » (Rolling Stone)

Ce qui est presque choquant dans la carrière d’Al Kooper, c’est à quel point elle a été sous-évaluée par rapport à son importance réelle. L’homme a joué sur ou produit d’innombrables albums fondamentaux du rock américain. Il a été le premier à utiliser un orgue Hammond de manière aussi centrale dans la pop. Il a fondé le groupe qui a ouvert la voie au rock à cuivres. Et son premier album solo reste une curiosité pour initiés plutôt qu’une référence obligatoire dans les listes de chef-d’oeuvres.

I Stand Alone est l’album d’un homme libre qui refuse de se laisser enfermer dans une case. Dans une époque qui aimait les artistes définissables, Kooper choisit l’éclectisme comme identité permanente. Ce n’est pas toujours confortable pour l’auditeur, mais c’est toujours honnête, toujours vivant, toujours Kooper. Et quand on connaît la suite, quand on sait que cet homme continuera à traverser les genres et les générations avec la même curiosité insatiable, on comprend que I Stand Alone est le premier chapitre d’une aventure qui ne finit jamais vraiment.

La note des passionnés

4,0 /5

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