Sortie 1975
Artiste Billy SWAN

Lassé par les surenchères du prog. rock, une grande partie du public rock revient au début des années 70 à des formes musicales plus simples. C’est le retour du rock-n-roll, la grande époque du pub rock. Billy Swan se taille dans ce contexte une belle carrière avec ce premier album.

Le balai et le tube

L’histoire de Billy Swan est l’une des plus singulières du rock américain. Né à Cape Girardeau, Missouri, en 1942, il arrive à Nashville à dix-sept ans avec deux chansons en poche et une ambition démesurée. Il entre dans les bureaux de Presley’s publisher Hill and Range Music et vend sa première chanson, « Lover Please », qui sera enregistrée par Clyde McPhatter. Encouragé, il continue d’écrire.

Pendant les années suivantes, Swan travaille comme balayeur et agent d’entretien aux studios de Columbia Nashville. Cette position humble lui donne accès à tous les enregistrements en cours, à toutes les conversations entre producteurs et artistes, à une éducation musicale par osmose qui vaut bien n’importe quel conservatoire. Kris Kristofferson, qui deviendra son ami et collaborateur, travaille également à cette époque dans les studios de Nashville en tant que concierge. Deux futurs artistes qui nettoient des studios : Nashville à son meilleur.

I Can Help, le numéro 1 en un seul take

« I Can Help » est enregistrée en une seule prise, lors d’une session de répétition qui n’était pas censée être une session d’enregistrement. Swan bidouille un orgue Lowrey, construit un riff boogie simple et efficace, et commence à chanter. Le producteur Chip Young, qui était là par hasard, réalise qu’il vient d’enregistrer quelque chose d’exceptionnel. La chanson sort sur Monument Records en 1974 et atteint le numéro 1 aux États-Unis et au Royaume-Uni.

Le son de « I Can Help » est délibérément rétro : l’orgue qui boogie comme dans les années 50, le rythme qui pompe comme un train de marchandises, la voix de Swan qui a quelque chose de Jerry Lee Lewis dans son assurance décomplexée. Mais c’est un rétro qui sonne naturel, pas nostalgique au sens commercial du terme : c’est simplement la musique que Swan aime et sait faire.

La trajectoire du pub rock

La carrière de Swan s’inscrit dans un mouvement plus large : le pub rock britannique et son équivalent américain, qui sont une réaction directe aux excès du rock progressif des années 70. Des groupes comme Brinsley Schwarz, Ducks Deluxe, Kilburn and the High Roads en Grande-Bretagne, et des artistes comme Swan, Tony Joe White, et le jeune Delbert McClinton aux États-Unis, proposent un retour à la simplicité : trois accords, une basse, une batterie, une voix. Pas de synthétiseurs, pas de vingt minutes de moog, pas de concepts philosophiques.

Swan rejoindra Kris Kristofferson sur scène et en studio dans les années 80 et 90, continuant à tourner et à enregistrer avec la discrétion d’un artiste qui a toujours préféré la musique à la célébrité. « I Can Help » reste sa carte de visite définitive, le morceau qui dit en deux minutes et demie tout ce qu’on a besoin de savoir sur sa vision de la musique : simple, direct, irrésistible.

La note des passionnés

4,0 /5

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I Can Help