Avec ce premier album, Patti Smith écrit directement un morceau de la légende. Un succès foudroyant à l’époque, et le personnage devient d’emblée l’une des figures emblématiques du rock. L’album, produit par John Cale (Velvet), s’ouvre avec une reprise de « Gloria » de Van Morrison.
La poétesse et le CBGB
Patricia Lee Smith naît à Chicago en 1946 et grandit dans le New Jersey. Poétesse avant d’être musicienne, elle commence par publier des recueils de poèmes et fréquenter les cercles artistiques de New York où elle rencontre Robert Mapplethorpe, dont elle deviendra l’amie intime et le modèle iconique. La photographie de « Horses », en noir et blanc, avec Smith en chemise blanche et cravate, debout contre un mur, est l’oeuvre de Mapplethorpe. C’est l’une des pochettes d’album les plus célèbres de l’histoire du rock.
Le CBGB, club de punk et new wave newyorkais où Patti Smith Group joue régulièrement à partir de 1974, est son terrain d’expérimentation. Avec Lenny Kaye à la guitare (futur spécialiste des compilations rock), Ivan Kral, Richard Sohl et Jay Dee Daugherty, elle développe un mélange unique de poésie délamée et de rock électrique qui n’appartient à aucune catégorie existante.
Gloria et le blasphème inaugural
« Jesus died for somebody’s sins but not mine. » Voilà la première phrase de « Horses ». Une déclaration d’indépendance religieuse et artistique qui annonce que cet album ne ressemblera à aucun autre. La chanson reprend le « Gloria » de Van Morrison (lui-même une adaptation du « Gloria » de Them) et le transforme en quelque chose d’entièrement nouveau : une incantation rock-poétique où Smith crée sa propre mythologie.
John Cale produit l’album avec une connaissance intime de ce que peut faire l’avant-garde new-yorkaise. Sa collaboration avec le Velvet Underground lui a donné les outils pour enregistrer quelque chose d’aussi particulier que la musique de Patti Smith sans en gommer les aspérités, sans en lisser la rugosité fondamentale. Le son de « Horses » est direct, presque brutal : les guitares de Kaye sont frontales, les arrangements réduits au minimum nécessaire.

Birdland et la transcendance
« Birdland » est le sommet de l’album : neuf minutes de rock-poésie inspirées par le livre « A Book of Dreams » de Peter Reich, fils du psychiatre Wilhelm Reich. Smith invente un jazz imaginaire, un bebop de mots et de guitares, une transe qui monte progressivement jusqu’à une conclusion d’une intensité presque insoutenable. « Birdland » est l’une des performances vocales les plus extraordinaires de l’histoire du rock : pas un chant au sens conventionnel du terme, mais une possession.
« Horses » aura une influence immense sur une génération de musiciens et de chanteuses : Kim Gordon de Sonic Youth, PJ Harvey, Courtney Love, Cat Power… toutes citent Patti Smith comme référence fondatrice. L’album ouvre une possibilité qui n’existait pas avant : une femme qui fait du rock sans être une chanteuse au sens traditionnel, une artiste qui impose ses propres termes au lieu d’accepter ceux que l’industrie musicale lui propose. C’est un album qui a changé les règles, et qui les change encore.
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