1971 Album

Fragile

par YES

4,0
Sortie 1971
Artiste YES

Yes. Londres, 1971. Rick Wakeman entre dans la pièce et tout change. L’arrivée du pianiste et organiste de Cambridge au sein de Yes pour remplacer Tony Kaye est l’un des recrutements les plus décisifs de toute l’histoire du rock progressif. Wakeman apporte avec lui une virtuosité de concert pianistique classique, une connaissance harmonique d’une profondeur et d’une complexité exceptionnelles, et un égo et une présence scénique qui allaient transformer Yes en un spectacle aussi bien qu’un groupe. « Fragile » est son premier album avec le groupe, et il est immédiatement l’un des sommets absolus du rock progressif.

Jon Anderson, le chanteur de Warrington, Lancashire, est la voix et la vision de Yes. Sa voix de haute-contre d’une pureté cristalline, ses textes cosmiques et métaphoriques qui cherchent un langage pour dire les expériences qui transcendent le quotidien, sa conviction que le rock peut atteindre la sublimité de la musique classique et de la musique spirituelle : tout cela est déjà pleinement formé sur « Fragile ». Anderson chante comme si chaque note était une invocation.

Steve Howe est peut-être le guitariste acoustique le plus complet du rock progressif de son époque. Sa maîtrise du picking de la guitare classique, du country, du jazz, du blues, et leur fusion dans un style qui lui est entièrement propre : cela s’entend sur « Mood for a Day », sa composition solo pour guitare acoustique, qui montre l’étendue de ses capacités avec une délicatesse et une maîtrise techniques stupéfiantes. Sa guitare électrique sur « Roundabout » est tout aussi impressionnante : les harmoniques, les riffs en unisson avec la basse, les montées vers des aigus que peu de guitaristes atteignent.

Chris Squire joue de la basse Rickenbacker avec une agressivité et une présence mélodique que les bassistes de rock conventionnels n’avaient pas encore explorées. Sa basse sur « Roundabout » et « Heart of the Sunrise » n’est pas un instrument de support. C’est une voix lead qui dialogue avec les guitares et les claviers sur un pied d’égalité totale. Squire avait réinventé le rôle de la basse dans le rock progressif.

Bill Bruford à la batterie joue avec un sens du polyrhythme et une sensibilité mélodique qui rappellent les grands batteurs de jazz. Ses transitions, ses fills, ses choix de timing déplacent subtilement mais constamment le centre de gravité rythmique des morceaux dans une direction qui crée une tension permanente et productive.

La structure de « Fragile » est elle-même une innovation : entre les grandes compositions collectives (« Roundabout », « South Side of the Sky », « Heart of the Sunrise »), chaque membre du groupe contribue une composition solo qui montre ce qu’il peut faire indépendamment. Cette architecture donne à l’album la variété et la profondeur d’un recueil plutôt que d’un simple disque de groupe.

Roger Dean dessine la première de ses illustrations pour Yes sur cet album : un monde flottant, organique et fantastique qui allait définir l’esthétique visuelle du groupe pendant des années. Ces images sont inséparables de la musique qu’elles accompagnent.

Sur X : @yesofficial

La note des passionnés

4,0 /5

Pas encore noté

Donnez votre note

Continuer l'exploration

L'anthologie continue

Fragile