Sortie 1970

Sandy Denny est la plus grande voix du folk britannique , peut-être même de toute la musique folk anglaise depuis les troubadours du Moyen Âge. Sa voix de contralto d’une pureté et d’une profondeur exceptionnelles, sa façon de phraser les textes folkloriques avec une intelligence et une sensibilité qui semblent venir d’une connaissance intime de ce répertoire, en font une interprète unique. Fotheringay, le groupe qu’elle fonde après avoir quitté Fairport Convention en 1969, est son projet le plus personnel.

Fotheringay prend son nom du château écossais où Marie Reine d’Écosse fut emprisonnée et exécutée , un choix révélateur des préférences de Denny pour l’histoire britannique et les figures féminines tragiques. Le groupe comprend Trevor Lucas, qui sera plus tard son mari, à la guitare acoustique et électrique; Jerry Donahue également à la guitare; Pat Donaldson à la basse; et Gerry Conway à la batterie.

Cet album unique , le groupe se dissoudra avant d’en enregistrer un deuxième , est l’expression la plus complète de la vision musicale de Sandy Denny en dehors de Fairport Convention. Plus intime, plus personnelle, moins dominée par l’électricité que les albums Fairport avec Richard Thompson, Fotheringay est un album de chambre folk d’une beauté sereine.

« Nothing More » est une composition originale de Denny qui résume ses capacités de compositrice , une mélodie d’une grâce naturelle, des paroles qui disent avec économie ce que d’autres auraient besoin de strophes entières pour exprimer. Sa voix sur ce titre est au coeur de tout : pas d’ornements, pas d’effets, juste la voix dans l’espace minimal d’un accompagnement délicat.

La reprise de « The Sea » , chanson traditionnelle irlandaise , montre Denny dans le mode qui lui est le plus naturel : l’interprète de folk traditionnelle qui donne aux vieilles chansons une vie nouvelle sans les dénaturer. Sa façon de respecter la mélodie originale tout en l’habitant complètement est la marque des grands interprètes de folk.

Trevor Lucas, futur mari de Denny, est aussi un musicien de talent dont les contributions guitaristiques à cet album sont souvent sous-estimées au profit de la voix de la chanteuse. Son jeu acoustique et électrique créent une texture équilibrée qui soutient Denny sans jamais l’écraser , le rôle parfait pour un musicien qui accompagne une voix aussi forte que la sienne.

Jerry Donahue , qui deviendra plus tard un guitariste célébré pour son travail avec Fairport Convention et pour son jeu de country guitar américain dans un contexte folk britannique , montre déjà sur cet album ses qualités distinctives. Son picking précis et ses lignes mélodiques élégantes font partie intégrante du son du groupe.

Sur X : @sandydenny

Sandy Denny rejoindra Fairport Convention une deuxième fois en 1974-1975, puis se lancera dans une carrière solo qui produira plusieurs albums de grande qualité. Elle mourra en avril 1978, à 31 ans, des suites d’une chute dans un escalier lors d’une soirée. Sa mort prématurée interrompt une oeuvre qui n’était pas encore à mi-parcours.

Fotheringay est l’album le plus intime de Sandy Denny , celui où on l’entend le plus directement, sans l’électricité de Fairport Convention ni les arrangements orchestraux de ses albums solos. C’est une oeuvre de chambre folk, précieuse et fragile, qui appartient aux plus grandes réalisations du genre dans l’histoire musicale britannique.

La culture folk britannique , ses ballades, ses histoires de mer et de forêt, ses personnages féminins tragiques , a trouvé en Sandy Denny son interprète la plus accomplie du vingtième siècle. Et Fotheringay est l’endroit où cet accomplissement est le plus pur et le plus direct.

Sandy Denny, avant de rejoindre Fairport Convention, avait commencé comme chanteuse folk solo dans les pubs et les clubs de Londres , une formation qui lui avait appris à porter une chanson avec sa seule voix, sans artifice, avec une authenticité qui ne s’improvise pas. Cette expérience de la scène nue est audible sur Fotheringay, même quand le groupe joue derrière elle.

La version de « The Ballad of Ned Kelly » sur cet album montre Denny et le groupe capables de s’aventurer dans des territoires géographiques et historiques qui dépassent le folk britannique traditionnel. Ned Kelly, le hors-la-loi australien du dix-neuvième siècle, devient sous leur traitement une figure universelle de la rébellion et de la justice populaire.

La mort prématurée de Sandy Denny à 31 ans en 1978 est l’une des plus grandes pertes de la musique folk britannique du vingtième siècle. Au moment de sa mort, elle n’avait pas encore atteint la pleine mesure de son talent , ses derniers albums solos montraient une évolution vers des territoires de plus en plus riches et complexes que sa mort a interrompus.

Fotheringay occupe une place particulière dans la discographie de Sandy Denny , entre ses années Fairport Convention (où elle était une interprète parmi d’autres, même si la plus remarquable) et ses albums solos (où toute la responsabilité créative reposait sur elle seule). Ce groupe intermédiaire lui donnait une liberté et un soutien équilibrés qui produisaient sa version la plus détendue et la plus directe.

La voix de Sandy Denny occupe une place particulière dans le canon du folk britannique , comparable dans son importance à ce que Joan Baez représentait pour le folk américain, mais avec une palette émotionnelle différente, plus intérieure, plus chargée de mélancolie nordique. Ses interprétations ne cherchent jamais à émouvoir par des effets extérieurs , c’est l’honnêteté totale qui émeut, la voix qui dit ce qu’elle ressent sans médiation.

Le château de Fotheringhay, qui donne son nom au groupe et qui fut le lieu de l’exécution de Marie Reine d’Écosse en 1587, est aussi le sujet d’une chanson de Denny , « Fotheringay » , que le groupe fera souvent en concert. Ce lien entre histoire britannique, paysage anglais et musique folk traditionnel est au coeur de ce que Fotheringay représentait : une façon de faire sonner l’histoire vivante dans la musique.

La dissolution de Fotheringay avant leur deuxième album est l’une des grandes frustrations de l’histoire du folk britannique. Les sessions qui ont commencé pour le successeur , dont des extraits ont été publiés en 1994 , montrent un groupe qui évoluait vers quelque chose d’encore plus profond et plus accompli. L’interruption de cette évolution reste un « et si » douloureux de la musique folk anglaise.

Sandy Denny avait quitte Fairport Convention apres la periode la plus fertile de leur histoire commune, et il aurait ete facile pour les observateurs de l’epoque de voir cette decision comme une erreur de jugement. Mais a ecouter Fotheringay avec le recul que donnent les decennies, il est evident qu’elle savait ce qu’elle faisait. Fotheringay lui donnait un espace de liberte artistique que Fairport Convention, avec son identite de groupe bien etablie, ne pouvait plus lui offrir.

Trevor Lucas etait le partenaire ideal pour ce projet : suffisamment musicalement fort pour ne pas disparaitre dans l’ombre de la voix de Denny, suffisamment humble pour ne pas concurrencer avec elle la direction artistique, suffisamment ouvert pour accueillir les influences americaines que Denny voulait integrer dans sa musique. Sa presence au chant sur certains morceaux creait des duos d’une chaleur et d’une intimite que la musique de Fairport n’avait jamais vraiment cherche a produire.

Il y avait dans la musique de Sandy Denny quelque chose qui touchait a une tradition plus ancienne que le folk revival des annees 60 : une connection avec la ballade medievale, avec les histoires de fantomes et d’amours tragiques et de mers implacables qui constituaient le repertoire originel de la folk britannique. Elle n’avait pas besoin d’arranger ces chansons de facon ostentatoirement moderne pour les rendre pertinentes. Sa voix et sa sensibilite etaient deja a elles seules suffisantes pour les porter dans le present et leur donner une vie nouvelle. Fotheringay est le temoignage le plus complet de ce don extraordinaire.

La note des passionnés

4,0 /5

Pas encore noté

Donnez votre note

Continuer l'exploration

L'anthologie continue

Fotheringay