Diana Ross Presents the Jackson 5
par The JACKSON 5
Octobre 1969. Motown Records sort un album qui va changer la face de la musique populaire mondiale. « Diana Ross Presents the Jackson 5 » introduit au grand public cinq frères de Gary, Indiana, dont l’aîné a dix-neuf ans et le plus jeune, Michael, en a onze. Ce dernier va s’avérer être l’un des plus grands talents musicaux que l’humanité ait jamais produit. Mais en 1969, il est simplement le petit Michael, le chanteur prodige qui hurle et danse avec une maturité artistique qui stupéfie tous ceux qui le voient pour la première fois.
La voix de Michael Jackson à onze ans est un phénomène unique dans l’histoire de la musique populaire. Haute, agile, dotée d’une capacité de variation émotionnelle extraordinaire, elle chante avec une compréhension de la soul et du gospel qui semble impossibles pour un enfant de son âge. Michael ne chante pas comme un enfant qui imite les adultes. Il chante comme quelqu’un qui a vécu les émotions dont il parle, ce qui est à la fois impressionnant et un peu troublant. D’où vient cette maturité ? De l’écoute intensive de ses modèles, Ray Charles, Marvin Gaye, James Brown. De répétitions à l’heure où les autres enfants jouent. De ce talent inné qu’on ne peut ni s’expliquer ni enseigner.
« I Want You Back » est le single de lancement, et c’est l’une des chansons pop les plus parfaites jamais enregistrées. La production de la Corporation (Freddie Perren, Alphonzo Mizell, Deke Richards et Berry Gordy lui-même) est un modèle d’économie et d’efficacité. Le riff de piano introductif est inoubliable. La basse de Bob West est fonky sans être envahissante. Les guitares de David T. Walker ajoutent une couleur soul authentique. Et au centre de tout, la voix de Michael, suppliant, en colère, joyeux, triste, parfois tout ça en même temps dans la même phrase.
Jackie, Tito, Jermaine et Marlon Jackson forment autour de Michael un groupe de backing vocaux et d’instrumentistes d’un niveau remarquable pour leur âge. Jackie est l’aîné, vingt ans, grand et charismatique. Tito joue de la guitare avec une assurance qui trahit des années de pratique intensive. Jermaine, qui deviendra chanteur soliste à ses heures, offre une basse vocale profonde qui ancre les harmonies dans le registre grave. Marlon est le danseur le plus naturel après Michael, et sa présence scénique contribue au spectacle visuel que le groupe offre en concert.
Berry Gordy a décidé de placer le lancement des Jackson 5 sous le patronage de Diana Ross, l’une des plus grandes stars de Motown. Cette stratégie marketing génie place d’emblée le groupe dans la cour des grands. Diana Ross ne se contente pas de prêter son nom : elle participe activement à la promotion des jeunes garçons, les emmène lors de ses propres tournées, leur enseigne les règles implicites du star-système de Motown. C’est une générosité artistique et humaine rare dans un milieu souvent compétitif.
« ABC », qui sera le deuxième grand single du groupe peu après, représente tout ce que les Jackson 5 font de mieux : une mélodie simple et irrésistible, un texte ludique qui joue sur la métaphore scolaire pour parler d’amour, et une énergie collective qui vous fait lever de votre siège. La reprise de cette chanson à travers les générations – samplée, reprises, référencée – témoigne de son statut de classique absolu de la musique populaire.
La question des influences de Michael Jackson à onze ans mérite une attention particulière. Il a écouté en boucle les disques de James Brown, dont la danse et la maîtrise de la scène l’ont fasciné depuis l’enfance. Il a étudié Jackie Wilson, dont la grâce et la puissance vocale définissaient un idéal de performance pop. Il a absorbé Diana Ross, dont l’élégance et la sophistication contrastent avec la rugosité habituelle du rhythm and blues. Michael a synthétisé tout cela pour créer quelque chose qui n’existait pas avant lui.
L’album contient des reprises de standards de la soul (notamment Sly and the Family Stone) qui montrent l’appétit culturel des frères Jackson. Ils ne veulent pas rester dans une seule case, ils veulent explorer toute la richesse de la musique noire américaine et la restituer dans leur propre langage. Cette curiosité et cette voracité musicales sont les qualités qui permettront à Michael d’élargir continuellement son répertoire au fil de sa carrière.
Fun fact : lors de la première écoute de la maquette de « I Want You Back » par Berry Gordy, le patron de Motown aurait dit à son équipe : « Nous avons trouvé le prochain Jackie Wilson, mais en mieux. » Jackie Wilson, qui était alors au sommet de sa popularité, aurait répondu en apprenant le compliment : « Le prochain Jackie Wilson ? Je suis le seul Jackie Wilson possible. Mais ce gamin a quelque chose que même moi je n’ai pas eu à son âge : il sait déjà ce qu’il est. » C’est la plus belle des reconnaissances venant d’un maître pour son successeur.
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