À partir de la fin des années 70, les Jacksons livrent leurs trois pièces maîtresses : « Destiny », « Triumph » et le double live de 1981. Ils prennent désormais en main la composition de leurs propres chansons, après des années sous la direction de Motown. Un tournant artistique majeur.
De la Motown à Epic : la liberté de créer
Les frères Jackson quittent Motown en 1975 et signent sur CBS/Epic Records. Ils ne peuvent plus utiliser le nom « Jackson 5 » (propriété de Motown) et deviennent officiellement les Jacksons. Mais surtout, ils obtiennent ce qu’ils n’avaient jamais eu à Motown : le droit d’écrire et de produire leurs propres chansons. C’est une liberté tardive pour des musiciens qui ont grandi sous la direction très contrôlée de Berry Gordy.
Les deux premiers albums Epic sont produits par Gamble and Huff, les architectes du Philadelphia Soul. Ils sont bons mais pas révolutionnaires. « Destiny » est le premier album sur lequel les Jacksons composent et produisent l’intégralité du matériel eux-mêmes. Michael Jackson, qui a vingt ans en 1978, révèle ici pour la première fois ce qu’il est capable d’accomplir artistiquement sans que quelqu’un d’autre lui dise quoi faire.
Blame It on the Boogie et le groove des frères
« Blame It on the Boogie » est le premier single de l’album, une chanson de funk-pop construite sur un groove de basse irrésistible et des harmonies vocales fraternelles qui sont la marque de fabrique des Jacksons depuis leurs débuts. La chanson devient un hit dans le monde entier, sauf aux États-Unis où elle se retrouve concurrencée par une chanson du même nom d’un autre artiste. Cette coïncidence malheureuse n’affecte pas sa carrière internationale.
« Shake Your Body (Down to the Ground) » est la révélation de l’album. Co-écrite par Michael et Randy Jackson, construite sur un groove de presque dix minutes (la version longue), c’est la chanson qui montre le plus clairement que Michael Jackson a quelque chose d’exceptionnel à offrir au-delà de la famille. Sa voix, son sens du rythme, sa capacité à construire une chanson qui monte progressivement en intensité : tout annonce le créateur de « Off the Wall » (1979) et de « Thriller » (1982).

L’avant-Thriller
Écouter « Destiny » aujourd’hui, c’est entendre un artiste en train de trouver sa voix définitive. Les chansons sont bonnes mais inégales, la production est moderne sans être révolutionnaire, et on sent parfois la différence entre les sections où Michael s’exprime le plus librement et celles où la dynamique fraternelle impose des compromis.
Quincy Jones produira « Off the Wall » en 1979, et cette collaboration qui durera jusqu’à « Bad » (1987) représentera le meilleur de Michael Jackson. Mais « Destiny » est le premier album où on entend clairement ce qu’il allait devenir : un artiste d’une créativité et d’un instinct musical hors du commun, en train de se libérer de toutes les contraintes qui l’avaient retenu.
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