Off the Wall, Michael JACKSON (1979) : le couronnement
En 1979, Michael Jackson a vingt et un ans et il signe l’un des disques les plus parfaits de toute l’histoire de la musique populaire américaine. Off the Wall, sorti en août 1979 chez Epic Records et produit par Quincy Jones, est le disque qui sépare le Michael Jackson enfant star de la Motown du Michael Jackson artiste adulte à part entière. La rencontre entre le chanteur et le producteur est l’une de ces alchimies rares qui produisent quelque chose plus grand que la somme de ses parties.
Don’t Stop ‘Til You Get Enough : la révélation
« Don’t Stop ‘Til You Get Enough » est une chanson que Jackson compose et produit lui-même – fait notable sur un album par ailleurs largement dominé par la vision de Quincy Jones. Elle révèle immédiatement un songwriter mature, capable de construire une chanson qui fonctionne parfaitement sans s’appuyer sur une construction harmonique complexe ou des arrangements surchargés. La ligne de basse est parfaite, les cordes sont élégantes, et la performance vocale de Jackson – ses gémissements, ses exclamations, son rapport physique au rythme – est d’une nature entièrement différente de tout ce qu’il avait enregistré auparavant.
La chanson atteint la première place au Billboard Hot 100, marquant la première fois que Jackson atteint le numéro un en tant qu’artiste solo sur ce classement. C’est le début de quelque chose de nouveau.
Rock With You : la perfection groove
« Rock With You » est peut-être la chanson la plus parfaite de l’album. Écrite par Rod Temperton – le compositeur britannique qui fournit plusieurs des chansons les plus fortes de l’album – elle est construite autour d’un groove qui coule comme de l’eau, impossible à résister, naturel comme la respiration. Jackson chante avec une intimité et une chaleur qui font de cette chanson quelque chose d’infiniment proche et personnel malgré sa dimension de tube absolu.
La production de Quincy Jones sur ce morceau est un modèle du genre : les synthétiseurs, les cordes, la section rythmique sont placés avec une précision horlogère qui rend le tout apparent comme une évidence. C’est l’art de la production qui se dissimule derrière la musique.
Quincy Jones : le génie de l’architecture sonore
Quincy Jones apporte à cet album sa maîtrise de l’arrangement – acquise en travaillant avec les plus grands jazz men américains – et sa compréhension de la façon dont la musique noire américaine peut être présentée dans un format commercial sans perdre son authenticité et son pouvoir émotionnel. Il ne simplifie pas la musique pour la rendre accessible : il la rend accessible en révélant sa simplicité naturelle.
Sa sélection des musiciens – parmi les meilleurs de Los Angeles à l’époque – et ses arrangements orchestraux donnent à l’album une profondeur et une richesse de texture qui dépassent largement les standards du disco ordinaire.
La voix de Jackson au sommet
La voix de Michael Jackson sur Off the Wall est un phénomène de la nature. Il a un contrôle technique parfait, mais ce qui le distingue des chanteurs techniquement irréprochables sans âme, c’est sa capacité à habiter une chanson émotionnellement. Il ne chante pas les mots : il les vit, il les respire, il les laisse traverser son corps avant qu’ils sortent de sa bouche. La transition de la voix de fausset à la voix de tête, les ornements vocaux, les petits cris et gémissements intercalés dans la mélodie : tout cela est parfaitement calibré musicalement et parfaitement spontané en termes d’expression émotionnelle. C’est le paradoxe de la grande interprétation vocale. Off the Wall est l’un des meilleurs albums de disco-funk jamais enregistrés, et l’un des meilleurs albums tout court de la fin des années soixante-dix. Il restera dans l’histoire de la musique populaire comme le moment où Michael Jackson est devenu Michael Jackson.Un chef-d’oeuvre absolu
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