1979 Album

Damn The Torpedoes

par Tom PETTY

4,0
Sortie 1979
Artiste Tom PETTY

Tom Petty avait tout pour échouer avec « Damn the Torpedoes ». Ses deux premiers albums avec les Heartbreakers avaient été bien reçus par la critique mais peu rentables commercialement, et son label MCA était en conflit avec lui sur plusieurs questions artistiques et contractuelles. Petty avait mis en dépôt de bilan pour échapper à un contrat qu’il jugeait injuste, ce qui lui avait valu des mois de procédures légales. C’est dans ce contexte difficile que « Damn the Torpedoes » a été enregistré, et le résultat est l’album qui a tout changé pour lui : un disque cohérent, ambitieux et direct qui a immédiatement trouvé son public.

Tom Petty est l’incarnation d’une certaine idée du rock américain : né en Floride, influencé par les Beatles et par le rock sudiste, compositeur de chansons qui disent les aspirations et les frustrations de gens ordinaires avec une précision et une mélodie qui les rendent universelles. Il n’a jamais cherché à être avant-garde ni expérimental : il cherchait à écrire les meilleures chansons possibles dans la tradition du rock classique américain, et « Damn the Torpedoes » est l’album où il y est parvenu avec le plus de consistance et d’ambition.

« Refugee » est la chanson la plus dure et la plus urgente de l’album, construite autour d’un riff de guitare de Mike Campbell qui est l’un des plus efficaces du rock américain de la période. Le texte parle de quelqu’un qui refuse d’adopter le statut de victime et qui choisit à la place la dignité et la résistance, et la façon dont Petty chante ces mots, avec une conviction qui n’admet pas le doute comme réponse, donne à la chanson une force qui dépasse le cadre ordinaire d’un single rock.

« Here Comes My Girl » est la ballade la plus réussie de l’album, une chanson qui commence sur un fond de guitare arpégée et une ligne de voix parlée avant de s’ouvrir sur un refrain qui dit la joie simple et directe de retrouver la personne qu’on aime. La construction de la chanson est une démonstration de la façon dont Petty pensait la dynamique musicale : faire attendre l’auditeur pour que la récompense soit d’autant plus grande quand elle arrive.

Mike Campbell à la guitare est le complément parfait de Petty. Là où Petty joue d’une façon directe et rythmique qui sert avant tout la chanson, Campbell est le guitariste qui trouve les riffs et les solos qui font que la chanson reste. Leur collaboration est l’une des plus productives de l’histoire du rock américain, deux personnalités musicales qui se complètent sans jamais s’annuler.

Benmont Tench aux claviers est l’autre élément central du son des Heartbreakers. Ses orgues Hammond et ses pianos Wurlitzer donnent aux chansons une couleur sonore qui ancre le groupe dans la tradition du rock sudiste américain tout en maintenant la clarté et la modernité que les productions de la fin des années soixante-dix exigeaient.

La production de Jimmy Iovine, qui venait de travailler avec Patti Smith et Bruce Springsteen, donne à « Damn the Torpedoes » une puissance et une clarté qui permettent à chaque instrument de sonner dans son espace propre sans que l’ensemble devienne confus. C’est le genre de production qui s’efface derrière la musique qu’elle sert, et elle est parfaitement adaptée au rock direct et sans ornements inutiles que Petty cherchait à produire.

« Damn the Torpedoes » a été un succès commercial massif, le premier de la carrière de Tom Petty, et il a établi les Heartbreakers comme l’un des groupes de rock américain les plus importants de leur génération. Trente ans plus tard, l’album sonne toujours avec la fraîcheur et la conviction qui le caractérisaient à sa sortie. C’est la marque des oeuvres qui disent quelque chose d’essentiel plutôt que quelque chose de momentané.

La suite de la carrière de Tom Petty après « Damn the Torpedoes » a confirmé que cet album n’était pas un succès accidentel mais la réalisation naturelle d’un talent exceptionnel. « Hard Promises » en 1981 et « Long After Dark » en 1982 ont maintenu le niveau, et « Full Moon Fever » en 1989, album solo produit par Jeff Lynne, a montré une face plus introspective et plus acoustique de sa personnalité musicale. Petty est resté actif et créatif jusqu’à sa disparition prématurée en 2017, laissant une discographie qui compte parmi les plus cohérentes et les plus satisfaisantes du rock américain des quarante dernières années. « Damn the Torpedoes » est le pivot de cette carrière, l’album qui a transformé une promesse en réalité accomplie et qui a établi Petty comme l’un des grands compositeurs de chansons de sa génération. Sa façon d’écrire des mélodies qui restent sans jamais sembler calculées ou fabriquées reste un modèle pour les compositeurs qui cherchent à conjuguer l’accessibilité et la qualité.

Ce que Tom Petty apporte au rock américain est une qualité de confiance naturelle : ses chansons sonnent comme si elles avaient toujours existé et qu’il les avait simplement trouvées plutôt que composées. « Damn the Torpedoes » est l’album où cette qualité est la plus concentrée et la plus convaincante.

La note des passionnés

4,0 /5

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