1971 Album

Coat of Many Colors

par Dolly PARTON

4,0
Sortie 1971

Dolly Parton. Nashville, 1971. Il y a des artistes dont la personnalité publique est si forte et si reconnaissable qu’elle finit par masquer la profondeur de leur talent. Dolly Parton, avec sa perruque blonde, ses tenues extravagantes, son sens de l’autodérision, son humour généreux et sa gentillesse publique, est précisément ce type d’artiste. On aime Dolly. On s’amuse de Dolly. Et parfois on oublie de remarquer que Dolly Parton est l’une des plus grandes songwriters de l’histoire de la country americaine. « Coat of Many Colors » est la démonstration la plus claire de ce talent.

Dolly Rebecca Parton est née à Locust Ridge, Tennessee, le 19 janvier 1946, quatrième de douze enfants d’une famille de montagnards des Appalaches qui vivait dans la pauvreté des zones rurales du Sud profond. Cette enfance, pauvre en argent mais riche en musique, en histoires, en foi religieuse et en liens familiaux, allait nourrir toute son imagination créatrice. Les chansons de « Coat of Many Colors » sont des chansons de mémoire : elles conservent quelque chose qui aurait sinon disparu.

La chanson-titre est la plus personnelle de tout son répertoire. Sa mère avait fabriqué un manteau pour la petite Dolly à partir de chiffons et de retailles de tissu, cousus ensemble dans un patchwork coloré. Dolly portait ce manteau à l’école et certains enfants se moquaient d’elle parce qu’il était fait de bric et de broc. Mais la mère lui avait expliqué, en racontant l’histoire du manteau de Joseph dans la Bible, que l’amour tissé dans chaque point valait plus que tous les manteaux achetés dans les magasins. Cette histoire, racontée avec une économie de mots et une précision d’image qui sont la marque des grandes chansons, est l’une des oeuvres les plus touchantes de la country music.

Bob Ferguson, producteur permanent de Parton chez RCA Victor, savait comment créer le cadre sonore qui mettait en valeur sa voix de soprano naturel. Pas trop d’orchestre, pas trop de sophistication : les arrangements de cet album sont sobres et directs, avec la guitare acoustique et les cordes en arrière-plan discret. La voix de Parton n’a pas besoin d’ornements. Elle est elle-même l’ornement.

Porter Wagoner, le présentateur de l’émission country télévisée avec qui Parton avait une collaboration artistique et personnelle intense depuis 1967, avait guidé sa carrière vers les formats et les structures qui convenaient le mieux à son talent naturel. Parton avait la sagesse de l’écouter tout en préservant sa vision créatrice propre. La tension productive entre ces deux influences allait définir sa carrière pendant plusieurs années.

« In the Good Old Days (When Times Were Bad) » est peut-être la chanson la plus honnête de l’album sur la réalité de l’enfance pauvre dans les Appalaches des années 1950. Elle dit clairement : c’était difficile, parfois terrible, et pourtant il y avait de la beauté dans cette vie que la prospérité ne m’a pas rendue. C’est une nuance que peu d’artistes auraient le courage et la finesse d’exprimer.

Sur X : @dollyparton

La note des passionnés

4,0 /5

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