1971 Album

Me and Bobby McGee

par Kris KRISTOFFERSON

4,0
Sortie 1971
Genres country

Kris Kristofferson. Nashville, 1970-1971. Il y a des noms qui sont synonymes d’une époque et d’une façon de comprendre l’écriture de chansons. Kris Kristofferson est l’un de ces noms. Ancien officier de l’armée américaine, pilote d’hélicoptère, titulaire d’une bourse Rhodes à Oxford, professeur de littérature anglaise à West Point qui a tout abandonné pour suivre sa vocation de songwriter à Nashville, il est l’exemple le plus parlant de ce que la musique peut exiger en termes de sacrifice et de conviction.

Son album de debut, connu sous le titre « Me and Bobby McGee » sur certains marchés, contient une concentration de chansons qui ont immédiatement changé la façon dont Nashville et le monde entier pensaient à l’écriture de chansons country. « Help Me Make It Through the Night », « For the Good Times », « Sunday Mornin’ Comin’ Down », « Loving Her Was Easier », « Me and Bobby McGee » : chacune de ces chansons est devenue un standard absolu, repris par des dizaines d’interprètes, intégrée au répertoire commun de la musique américaine. Qu’un seul homme ait écrit tout cela en l’espace de quelques années est stupéfiant.

« Me and Bobby McGee » est la chanson qui porte le titre de l’album. Une road song sur la liberté et la perte, écrite avec une économie de moyens et une précision d’image qui caractérisent le meilleur de la tradition littéraire américaine. Le vers « Freedom’s just another word for nothin’ left to lose » est entré dans le lexique de la culture populaire avec la force d’une évidence. Ce genre de phrase ne s’invente pas. Elle se découvre quand on a vécu suffisamment et qu’on sait comment écouter sa propre expérience.

Janis Joplin, Roger Miller, Ray Price, Sammi Smith, Johnny Cash : les reprises de chansons de Kristofferson dans les premières années de sa carrière constituent une liste de la crème de la musique américaine. Ces artistes avaient l’oreille éduquée par des décennies de pratique de la grande chanson populaire. Quand ils choisissaient les compositions de Kristofferson, c’est qu’ils reconnaissaient quelque chose d’exceptionnel : une voix littéraire authentique qui faisait quelque chose de neuf avec une tradition ancienne.

Sa propre voix comme interprète est limitée dans sa gamme mais précisément pour cette raison, profondément honnête. Kristofferson ne cherche pas à impressionner vocalement. Il raconte. Cette qualité narrative directe est celle du conteur autour du feu, de l’homme qui parle de ce qu’il a vu et vécu avec le minimum d’ornements nécessaires pour que les auditeurs comprennent ce qu’il ressent.

Nashville en 1970 était encore dominé par le son Countrypolitan, ces arrangements orchestraux lissés produits par des producteurs comme Bill Justis et Chet Atkins pour maximiser l’accessibilité commerciale. Kristofferson représentait quelque chose de différent : le retour à l’os, à la chanson dépouillée, à la vérité première de la tradition folk country. Son arrivée sur la scène de Nashville avait la force d’une bouffée d’air frais dans une pièce trop longtemps fermée.

Kristofferson a ensuite eu une carrière d’acteur qui l’a rendu encore plus célèbre. Mais c’est comme songwriter qu’il a changé l’histoire de la musique américaine. Ces premières chansons sont son monument le plus durable, celui qui existera quand les films et les tournées seront oubliés.

Sur X : @kriskristofferson

La note des passionnés

4,0 /5

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Me and Bobby McGee