1973 Album

The Blue Ridge Rangers

par John FOGERTY

4,0
Sortie 1973

Un seul homme, tous les instruments

1973. John Fogerty publie The Blue Ridge Rangers, présenté non pas comme un album solo de John Fogerty mais comme le premier disque d’un groupe fictif. Il n’y a pas de Blue Ridge Rangers. Il y a John Fogerty, qui joue de tous les instruments, chante toutes les voix, et enregistre seul dans le studio un album entier de reprises de country, de bluegrass et de gospel américain. Cette décision de se cacher derrière un nom de groupe imaginaire n’est pas une farce. C’est une réponse à la situation légale et personnelle dans laquelle Fogerty se retrouvait après la dissolution de CCR.

Le contrat de Creedence Clearwater Revival avec Fantasy Records liait Fogerty à Saul Zaentz, le propriétaire du label, dans des conditions que Fogerty considérait comme inéquitables. Ses compositions appartenant à Fantasy, il ne pouvait pas les réenregistrer sans reverser des droits à Zaentz. En faisant des reprises de chansons du domaine public ou d’autres compositeurs, Fogerty contournait ce problème. Mais la querelle avec Zaentz allait durer des décennies et empoisonner une grande partie de sa vie professionnelle.

L’album propose des versions de Jambalaya (Hank Williams), Hearts of Stone (Eddy Arnold), You Are My Sunshine (Jimmie Davis), Somewhere Listening, et plusieurs autres standards de la tradition country américaine. Fogerty les chante avec un amour et un respect qui n’ont rien de performatif. Il connaît cette musique depuis l’enfance, l’a absorbée depuis toujours, et sa façon de l’interpréter montre que ses racines dans la tradition américaine sont profondes et sincères.

La voix du bayou dans le pays des montagnes

Il y a quelque chose de touchant et d’ironique dans le fait que Fogerty, dont les chansons pour CCR avaient inventé une Louisiane imaginaire depuis la Californie, se retrouve à enregistrer seul de la country music des Appalaches pour son premier projet post-CCR. Les Appalaches et le bayou sont deux des grandes traditions musicales rurales américaines, géographiquement distantes mais musicalement reliées par des racines communes dans la musique folk britano-celtique et la musique des communautés noires du Sud.

Fogerty joue de la guitare acoustique, de la guitare électrique, du dobro, de la pedal steel, de la basse, de la batterie, du piano et des harmoniques à bouche. Cette capacité à maîtriser tous ces instruments est le produit de années d’apprentissage autodidacte et d’oreille musicale. Il n’a jamais eu de formation académique formelle. Il a appris en écoutant, en imitant, en cherchant les sons qu’il voulait entendre. C’est une façon d’apprendre qui donne une liberté et une intégrité que les musiciens académiques n’ont pas toujours.

Have Thine Own Way Lord est un hymne gospel du dix-neuvième siècle que Fogerty chante avec une conviction qui va au-delà du simple respect de la tradition. Il y a dans sa voix sur cette chanson quelque chose qui ressemble à une vraie prière, une demande sincère de direction dans un moment de vie difficile. Que ce soit intentionnel ou non, ça s’entend.

Le début d’un long silence

Après The Blue Ridge Rangers, John Fogerty va rester relativement silencieux pendant plusieurs années. La dispute avec Fantasy Records et Saul Zaentz le paralyse. Il finira par se libérer et publier des albums solos qui retrouveront une partie de la magie de CCR. Mais cette période de 1972 à 1975 est une période de transition douloureuse, et The Blue Ridge Rangers en est le document musical : un homme seul dans un studio, jouant de la musique qu’il aime pour des raisons qui ont autant à voir avec la liberté artistique qu’avec les contraintes légales.

La note des passionnés

4,0 /5

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The Blue Ridge Rangers