L’impresario en artiste
1973. Kim Fowley publie International Heroes. Fowley est l’une des figures les plus excentriques et les plus déconcertantes de l’industrie musicale rock américaine. Né en 1939 à Los Angeles, fils de l’acteur Douglas Fowley, il a travaillé dans la musique depuis les années 1950 comme chanteur, auteur-compositeur, producteur, découvreur de talents et faiseur de tendances. Il a co-écrit Alley Oop pour les Hollywood Argyles en 1960. Il a travaillé avec les Beach Boys, avec Kiss, avec Jonathan Richman et les Modern Lovers. Il créera les Runaways, le groupe de Joan Jett et Lita Ford, en 1975.
Fowley comme artiste est quelqu’un de différent de Fowley comme producteur. Ses albums personnels, enregistrés entre ses projets pour d’autres artistes, sont des documents d’un personnage qui vit complètement hors des normes : une voix bizarre, des textes qui mélangent le camp absurde et l’observation mordante de la culture pop, une esthétique délibérément provocatrice. International Heroes s’inscrit dans cette tradition.
Le Los Angeles que Fowley habite et décrit est un monde de nuits, de rock clubs, de figures marginales de l’industrie musicale, de rêves de célébrité et de bassesses commerciales. Il connaît cette ville et ce milieu de l’intérieur, avec la clarté cynique de quelqu’un qui a vu passer les modes et les illusions depuis deux décennies. Ses textes ont une façon de nommer les choses crûment qui peut choquer au premier abord et qui révèle, à la relecture, une précision observationnelle assez remarquable.
Le provocateur systématique
Kim Fowley a toujours travaillé dans la provocation. Pas la provocation gratuite et adolescente, mais une provocation calculée, en pleine connaissance des codes qu’il transgresse et de l’effet qu’il veut produire. Cette mécanique de la provocation est une façon d’attirer l’attention dans une industrie musicale saturée d’artistes et de projets. Elle est aussi une façon de tester les limites de ce que le public peut absorber.
Ses talents de découvreur de talents sont attestés par une longue liste d’artistes dont il a repéré ou développé le potentiel. Mais sa propre carrière artistique reste dans l’ombre, non pas par manque de talent ou d’ambition, mais parce que le personnage de Fowley est si excessif et si déconcertant qu’il est difficile pour le grand public d’y trouver un point d’entrée. Ce sont les initiés de la scène rock les plus curieux qui ont exploré ses disques personnels, et ils y ont généralement trouvé quelque chose d’intéressant et d’inattendu.
International Heroes est un de ces disques : pas un chef-d’oeuvre, pas un classique, mais un document de personnalité musicale. Un homme qui fait exactement ce qu’il veut faire, qui ne cherche pas l’approbation du marché, et qui laisse une trace dans l’histoire de la musique à travers l’accumulation d’une oeuvre cohérente dans son incohérence apparente.
L’envers du décor
Fowley mourra en 2015 à soixante-quinze ans. Son bilan est complexe, marqué à la fois par des contributions artistiques réelles et par des accusations graves de comportements prédateurs envers de jeunes femmes dans le milieu musical. Les Runaways, qu’il avait créées en 1975, ont témoigné dans leurs mémoires d’une relation exploitante. Comme pour d’autres figures controversées de l’industrie musicale, son héritage artistique ne peut pas être séparé de ces dimensions éthiques. International Heroes reste un document d’une époque et d’un milieu, à apprécier avec la connaissance de ce contexte.
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