1978 Album

Stardust

par Willie NELSON

4,0
Sortie 1978
Genres blues · country · country pop

En 1978, Willie Nelson est un artiste établi dans la tradition country américaine, avec une longue carrière de songwriter derrière lui et plusieurs albums qui ont défini le « outlaw country » avec Waylon Jennings et leurs contemporains texans. Décider d’enregistrer un album entier de standards de jazz et de pop américaine des années trente et quarante était donc un risque : cela pouvait sembler une retraite vers la nostalgie, une capitulation devant un répertoire conventionnel après des années à définir son propre territoire. Le résultat a prouvé que ce risque était le bon choix. « Stardust » est devenu l’un des albums les plus vendus de l’histoire de la musique country et l’un des enregistrements de standards les plus respectés de l’époque.

Le choix de Booker T. Jones comme producteur est l’autre décision qui fait de cet album ce qu’il est. Jones, fondateur et organiste de Booker T. and the MGs, l’un des groupes de soul et de rhythm and blues les plus importants de Memphis, apporte une sensibilité musicale qui n’est pas country au sens étroit mais qui partage avec la country ses racines dans la tradition musicale américaine profonde. La production de Jones est d’une élégance sobre : les arrangements sont construits autour de la voix de Nelson, les instruments sont choisis pour leur couleur et leur pertinence, et le tout crée un espace sonore chaleureux et intime qui correspond parfaitement au répertoire abordé.

« Georgia on My Mind » est peut-être la chanson la plus célèbre de l’album, une composition d’Hoagy Carmichael devenue l’hymne de l’État de Géorgie grâce à la version de Ray Charles. Nelson la chante avec une douceur et une affection qui n’imitent pas Charles mais trouvent leur propre rapport à la chanson. Sa voix, légèrement nasale avec ce vibrato particulier, donne à la mélodie une couleur qui est entièrement la sienne.

« Blue Skies » d’Irving Berlin est traitée avec une légèreté et une joie qui contrastent avec la mélancolie de certains autres morceaux. Nelson y démontre qu’il peut chanter l’optimisme avec autant de conviction que la tristesse, et que le matériel des années trente et quarante lui convient naturellement sans qu’il ait besoin d’adapter son style à ce répertoire.

« Stardust » d’Hoagy Carmichael, qui donne son titre à l’album, est la chanson qui illustre le mieux la philosophie de l’ensemble : une mélodie belle et durable, des paroles qui tiennent du poème autant que de la chanson, une interprétation qui respecte l’original tout en y ajoutant quelque chose de personnel. La façon dont Nelson chante les mots finaux de cette chanson, avec cette légère suspension avant la résolution, dit une compréhension profonde du matériel qu’il interprète.

« September Song » de Kurt Weill est l’une des chansons les plus mélancoliques de l’album, une méditation sur le temps qui passe et les saisons de la vie. Nelson la chante avec une tranquillité qui dit l’acceptation plutôt que la résignation, une qualité qui appartient à sa personnalité musicale profonde.

« Unchained Melody » est ici dans une version dépouillée et intimiste qui contraste avec les versions orchestrales que la chanson a souvent reçues. Nelson s’y retrouve seul ou presque avec les instruments, et c’est dans cette nudité que la beauté de la mélodie ressort le plus clairement.

L’enregistrement de « Stardust » a réuni autour de Nelson des musiciens qui incluent Booker T. lui-même aux orgues et aux claviers, Chris Ethridge à la basse, et un ensemble de cordes discrètes sur certains morceaux. Ces arrangements sobres reflètent la conviction de Nelson que les meilleures chansons n’ont pas besoin d’ornements : elles portent leur propre beauté.

« Stardust » a ouvert la discographie de Willie Nelson à des auditeurs qui n’avaient jamais écouté de country, et il a montré aux amateurs de country que les standards de l’âge d’or du jazz et de la pop américaine faisaient partie de la même tradition musicale que leurs propres racines. Cette double réussite culturelle est ce qui fait de cet album un document aussi important que les albums de outlaw country qui avaient précédé.

Le succès de « Stardust » a révélé quelque chose sur Willie Nelson que même ses admirateurs les plus fidèles n’avaient peut-être pas entièrement compris : il n’était pas simplement un artiste country, mais un musicien américain complet dont les racines s’étendaient bien au-delà du genre dans lequel il avait été catalogué. Sa façon d’habiter les standards de l’âge d’or de la pop américaine sans en être un simple interprète dit une compréhension profonde de ce que ces chansons contiennent. Nelson a continué à explorer cette tradition musicale plus large dans les albums qui ont suivi, confirmant que « Stardust » n’était pas une excursion occasionnelle mais une déclaration d’identité musicale. Il reste l’un des musiciens les plus polyvalents et les plus surprenants de l’Amérique du vingtième siècle, et « Stardust » est le document qui l’a montré le plus clairement à un public qui ne s’y attendait pas.

La note des passionnés

4,0 /5

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